Sahel : le tournant malien et la fin d’un ordre sécuritaire imposé

Entre retrait occidental, influence russe et paralysie énergétique, l’Afrique cherche une réponse coordonnée à la crise malienne.


Le signal d’alarme lancé dimanche par Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine (UA), dépasse le seul cadre malien. Il traduit la crainte d’un effondrement régional dans un Sahel désormais coupé de ses soutiens traditionnels et livré à des alliances incertaines.

L’appel du chef de l’exécutif panafricain à une « réponse internationale forte et coordonnée » face à la détérioration sécuritaire au Mali intervient après plusieurs semaines de blocus armés, de ruptures logistiques et de pénuries énergétiques paralysant le pays. Des groupes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) contrôlent désormais de vastes zones du nord et du centre, asphyxiant l’économie et isolant Bamako.

Le retrait occidental et le pari russe

Depuis la rupture avec Paris et le départ des forces françaises en 2023, Bamako a misé sur un partenariat stratégique avec Moscou. Les militaires privés de Wagner, désormais intégrés à la structure militaire russe Africa Corps, ont pris le relais.

Mais les résultats sont mitigés : les attaques se multiplient, les villes du nord tombent les unes après les autres, et la population, déjà épuisée, subit désormais un effondrement énergétique. La France et les États-Unis ont, en retour, évacué leurs ressortissants, actant un retrait politique et symbolique du Mali.

Pour plusieurs diplomates africains, cette séquence marque « la fin d’un cycle d’influence occidentale » au Sahel et l’entrée dans une phase de fragmentation géopolitique, où chaque État cherche ses propres appuis – militaires, économiques ou idéologiques.

Un enjeu continental

Mahmoud Youssouf inscrit la crise malienne dans une lecture plus large : celle d’un Sahel devenu le test de la souveraineté africaine. « Ce qui se joue au Mali, c’est la capacité du continent à stabiliser une zone charnière reliant l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique centrale », confie un diplomate basé à Addis-Abeba.

Les conséquences dépassent déjà les frontières : flux migratoires vers le Tchad et le Niger, insécurité aux confins de la Centrafrique et du Soudan, et risques accrus pour les corridors énergétiques et miniers transsahariens.

Un appel à une réponse africaine

L’Union africaine plaide pour une coalition régionale repensée, plus autonome, articulée autour du partage de renseignement, du soutien logistique et de la coordination politique avec la CEDEAO et la CEEAC.

Mais l’enjeu dépasse le seul terrain militaire : il s’agit aussi d’un test pour la gouvernance africaine et pour la solidarité continentale. « Le Sahel ne doit pas devenir le laboratoire des ingérences, mais celui d’une sécurité africaine assumée », a déclaré Mahmoud Youssouf.

Entre départ occidental, pari russe et indifférence internationale, le Mali illustre le dilemme d’un continent sommé de choisir entre dépendance et autonomie stratégique – dans un contexte où la survie étatique est redevenue l’enjeu central.

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