Cameroun 2025 : le temps des vérités économiques

L’épicentre discret de la bataille économique pour l’Afrique centrale, le Cameroun se trouve entre la fin d’un cycle et un besoin de relève, un État à la croisée des générations.

À l’issue d’une élection contestée en octobre 2025, Paul Biya, entame un nouveau mandat. Mais au-delà du tumulte politique, une question domine : le Cameroun peut-il encore redevenir le moteur économique et stratégique de l’Afrique centrale ? Avec un PIB estimé à 53 milliards de dollars en 2024, une croissance de 3,8 %, et une dette publique proche de 47 % du PIB, le pays reste une économie charnière, mais sous forte tension.

Son avenir dépendra désormais de sa capacité à restaurer la confiance, attirer les capitaux et renouveler son appareil d’État. « Le Cameroun est au centre d’un triangle stratégique : ressources, sécurité et influence régionale. Mais sans réformes structurelles, il restera un géant immobile », analyse un diplomate européen.

I. Un socle économique solide, mais fragilisé

Atouts structurels :

  • Position géographique de hub régional reliant six pays enclavés à l’océan Atlantique.
  • Port en eau profonde de Kribi (capacité : 16 millions t/an) et modernisation du port de Douala, leviers logistiques clés pour le Tchad, la RCA et le Congo.
  • Richesse en ressources naturelles : hydrocarbures (70 000 barils/jour), gaz (4,6 Tcf de réserves), bois, bauxite, cobalt, or, et 6 millions d’hectares de terres arables.
  • Une population de 28, 5 millions d’habitants, dont plus de 60 % ont moins de 25 ans : un capital démographique majeur.

Faiblesses persistantes :

  • Corruption systémique : le Cameroun est classé 142ᵉ sur 180 par Transparency International (2024).
  • Chômage des jeunes : plus de 30 %, selon la Banque mondiale.
  • Infrastructure énergétique déficiente : 40 % seulement de la population a accès à l’électricité.
  • Dépendance aux matières premières, absence de chaîne de valeur industrielle.

«Notre problème n’est pas le potentiel, mais la gouvernance. Le Cameroun n’exploite pas 70 % de sa capacité agricole, et son économie reste prisonnière d’un modèle rentier», déplore un économiste de la BEAC à Douala.

II. Un pivot régional sous pression

L’Afrique centrale reste l’une des régions les plus instables du continent : conflits internes, flux de réfugiés, trafics transfrontaliers. Le Cameroun, pays-pivot, joue un rôle essentiel de zone-tampon sécuritaire et économique.

  • Nord-Ouest / Sud-Ouest : le conflit anglophone, qui dure depuis 2017, a fait plus de 6 000 morts et près de 800 000 déplacés internes.
  • Extrême-Nord : la menace de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest reste active.
  • Frontière Est : plus de 320 000 réfugiés centrafricains se trouvent sur le sol camerounais.

Malgré ces tensions, Yaoundé demeure un acteur central de la CEEAC et du G5 Sahel élargi. Ses forces armées – l’une des plus structurées de la région (près de 40 000 hommes) – sont soutenues par une coopération militaire avec la France, les États-Unis et Israël. « Si le Cameroun vacille, c’est toute l’Afrique centrale qui se fragilise », prévient un haut responsable sécuritaire tchadien.

III. Diplomatie économique et influences croisées

Sur la scène internationale, le Cameroun joue la carte du multi-alignement pragmatique.

  • La Chine reste son premier partenaire commercial (plus de 4 milliards $ d’échanges en 2024), notamment dans les infrastructures et l’énergie.
  • L’Union européenne et la France demeurent des partenaires traditionnels, mais leur influence s’érode au profit des pays du Golfe, de la Turquie et de l’Inde.
  • Les États-Unis, tout en soutenant la stabilité, multiplient les signaux sur la gouvernance et les droits humains.
  • La diaspora camerounaise, forte de plus d’1,2 million de personnes, transfère chaque année près de 500 millions $ (officiellement), mais reste peu intégrée aux politiques publiques.

«La diaspora est notre premier investisseur silencieux. Elle doit devenir un partenaire stratégique, pas seulement un guichet social», estime un conseiller économique à la présidence.

IV. Géo-économie des ressources et sécurité stratégique

Le Cameroun est désormais courtisé pour ses minéraux critiques : cobalt, nickel, rutile, fer. Ces matériaux sont vitaux pour les chaînes de valeur de l’intelligence artificielle, des batteries électriques et des data centers. Mais l’absence d’une politique minière intégrée crée un risque de prédation étrangère.

Les projets énergétiques comme le gazoduc Kribi-Lom Pangar ou l’exploitation du GNL de Sanaga Sud pourraient faire du pays un hub énergétique régional, à condition de stabiliser les zones frontalières et d’assurer la transparence des contrats.

«La bataille du futur ne sera pas seulement financière, elle sera minérale et numérique. Le Cameroun doit protéger ses données et ses ressources avec la même vigilance que son territoire», prévient un analyste de l’Institut des Hautes Études de Défense du Golfe de Guinée (IHED-GG).

V. Gouvernance et relève générationnelle

À 92 ans, Paul Biya devra s’entourer d’une nouvelle garde technocratique capable d’articuler une vision modernisée :

  • Technocrates de la diaspora pour rétablir la confiance des marchés ;
  • Jeunes cadres économiques pour piloter les réformes sectorielles ;
  • experts en intelligence économique pour renforcer la souveraineté numérique ;
  • acteurs du privé pour relancer l’investissement domestique.

«L’avenir du Cameroun ne dépend pas seulement d’un homme, mais de sa capacité à déléguer et à transmettre», confie un ancien ministre de l’Économie.

VI. Scénarios prospectifs à 5 ans

  1. Réformes et ouverture contrôlée (scénario optimiste)
    – Croissance à 5 %, diversification accrue, regain de confiance des investisseurs, réduction du chômage des jeunes.
  2. Stagnation sous tension (scénario central)
    – Croissance molle (3 %), maintien du statu quo institutionnel, aggravation du malaise social.
  3. Crispation et isolement (scénario pessimiste)
    – Conflit anglophone non résolu, retrait des partenaires, fuite des capitaux et montée des risques sécuritaires.

La dernière fenêtre d’opportunité

Le Cameroun se trouve à un carrefour historique. S’il parvient à conjuguer stabilité politique, sécurité régionale et transformation économique, il redeviendra le moteur stratégique de l’Afrique centrale. Mais sans renouvellement de la gouvernance et sans vision géo-économique intégrée, il risque de s’enliser dans une stagnation à haut risque, dans un monde qui ne l’attendra plus.

«Le Cameroun n’a plus le luxe du temps. Son avenir dépendra de sa capacité à réinventer son modèle avant que le vide ne s’installe», déclarait Richard Attias, Président du FII Institute, lors du Forum de Riyad 2025.

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