Cameroun : la santé mentale, un enjeu silencieux au cœur du développement humain

Au Cameroun, comme dans de nombreux pays africains, la santé psychique reste un sujet tabou et sous-estimé.

Pourtant, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 7 millions de Camerounais souffriraient de troubles mentaux ou psychologiques, allant de l’anxiété à la dépression sévère. Dans un contexte marqué par la précarité, les crises sécuritaires et la pression sociale, la santé mentale devient un véritable enjeu de société.

Un système de santé débordé et inégalement réparti

Le pays compte moins d’un psychiatre pour 300 000 habitants, concentrés pour la plupart dans les grandes villes comme Yaoundé et Douala. Dans les zones rurales, l’accès à un suivi psychologique relève presque du miracle. Les hôpitaux spécialisés, tels que le Centre psychiatrique de Jamot à Yaoundé ou l’hôpital Laquintinie à Douala, manquent de moyens et de personnel formé.


« Beaucoup de malades sont encore assimilés à des “possédés” et confiés aux guérisseurs traditionnels ou aux pasteurs », déplore le Dr Christian Eyoum, psychologue camerounais et formateur du programme Heal By Hair.

Cette situation reflète une double fracture : un manque de ressources médicales, mais aussi une invisibilité culturelle du mal-être psychique, souvent perçu comme un signe de faiblesse ou de honte.

Des réponses palliatives et communautaires émergent

Face à cette pénurie, des initiatives locales cherchent à combler le vide. À l’image du programme Heal By Hair, piloté par la Bluemind Foundation, des femmes camerounaises issues du secteur de la beauté — coiffeuses, esthéticiennes — sont formées à l’écoute active. Leur mission : détecter les signes de détresse psychologique et orienter leurs clientes vers les structures adaptées.


« Nous avons voulu créer un pont entre le quotidien et la psychologie », explique Marie-Alix de Putter, présidente de la Fondation. « Ces coiffeuses deviennent des ambassadrices du bien-être, capables d’écouter sans juger et de rassurer avec empathie ».

Plus de 200 coiffeuses ont déjà été formées dans les principales villes du Cameroun, selon Bluemind, tandis que d’autres projets pilotes visent à intégrer la santé mentale dans les soins primaires, notamment par le biais de centres communautaires ou d’écoles.

Une approche globale encore à bâtir

Si ces efforts témoignent d’une prise de conscience progressive, la réponse reste largement palliative. L’État camerounais consacre moins de 1 % de son budget de santé à la santé mentale, et la formation universitaire des psychologues demeure limitée. « Il faut sortir du modèle curatif pour adopter une approche préventive et éducative », souligne le psychiatre Dr Pierre Mvondo de l’hôpital central de Yaoundé.

Pour de nombreux observateurs, la santé psychique doit désormais être considérée comme un levier de développement humain, au même titre que l’éducation ou la nutrition. Dans un pays jeune où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, le bien-être mental conditionne la résilience, la productivité et la cohésion sociale.

À travers des initiatives comme celles des coiffeuses ambassadrices, le Cameroun esquisse ainsi les contours d’une citoyenneté émotionnelle naissante — une reconnaissance du droit fondamental à l’équilibre psychique, encore trop souvent négligé.

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