Du 28 novembre au 14 décembre 2025, la Sanaga Maritime, à Edéa, va battre au rythme des tam-tams ancestraux : la 77ᵉ édition du Festival Mpo’o s’apprête à transformer Edéa en un immense carrefour de culture, d’histoire et de célébration identitaire. Déjà, la ville bruisse d’impatience.
Entre les deux ponts du fleuve Sanaga, où se tiendra la cérémonie d’ouverture le 29 novembre, se dressent d’ores et déjà avec fière allure, les tentes en matériaux locaux. Le décor s’annonce en couleurs, chants, et effervescence pour le plaisir d’une foule de festivaliers venus du département, de Douala, du Littoral et des régions voisines. Les Sawa, attendus en délégations massives, promettent une ambiance de retrouvailles, de communion et de mémoire partagée.
Face aux eaux majestueuses du fleuve Sanaga, les autorités et chefs traditionnels seront au premier rang. Le ministre des Arts et de la Culture Pierre Ismaël Bidoung Mpatt, le ministre des Transports Jean Ernest Masséna Ngallé Bibéhé, le gouverneur du Littoral Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, ainsi que les leaders coutumiers des Elog Mpo’o donneront à ce lancement une solennité rare.
Sur les rives enchantées du fleuve Sanaga

Au cœur de la célébration en 2024
Très attendues, les prises de parole de Monsieur Epassy Ndoumbe Raymond en sa qualité du Président du comité d’organisation, celle de Sa Majesté Ndjoke Essawe Maurice, Président de l’Assemblée Coutumière et Traditionnelle des Elog MPO’O (ACTEM) et enfin celle du Président de la Chambre coutumière et Traditionnelle, Monsieur Mbimbog Biboum Justin.
Tous auront un même fil conducteur : célébrer l’héritage Mpo’o, rappeler la force du vivre-ensemble et porter le thème de l’année, « Fêtons ensemble… le triomphe du rassemblement », comme un message à la fois culturel et citoyen. Leurs discours, très attendus, devraient revenir sur l’importance d’un festival désormais incontournable dans le calendrier sawa, devenu au fil du temps une véritable vitrine du patrimoine local.
Un carrefour de cultures, de métiers et de mémoire
Mais le protocole ne sera qu’un prélude. Le cœur du festival battra dans les expositions, les ateliers, les performances et les rencontres. Le vernissage d’œuvres d’art et de pièces patrimoniales ouvrira la voie à des heures de découverte : photographies rares, objets rituels, archives familiales… autant de fragments d’histoire remis en lumière.
Les stands d’exposition feront eux aussi la part belle aux produits agricoles, aux métiers traditionnels, aux savoir-faire artisanaux et à l’art culinaire – cette économie créative qui reste le moteur silencieux mais essentiel des communautés Mpo’o.
Et, surtout, la scène culturelle promet d’être un véritable hymne à la diversité : danses guerrières ou festives, course de pirogue, chants hypnotiques, lutte traditionnelle, récits oraux transmis de génération en génération, rituels symboliques… L’expression Mpo’o, multiple et puissante, promet de reprendre toute sa place d’antan.
Rendre au festival son âme
Au-delà de la fête, l’enjeu est clair : préserver l’esprit originel du Festival Mpo’o. Les organisateurs le répètent : il est temps d’en finir avec l’image d’un événement parfois dévoyé, réduit à un marché d’alcools, de grillades, de poissons braisés ou, – pire – comme un lieu de dérives sociales, ouvert à des excès contraires à la vocation du rassemblement.
La 77ᵉ édition veut renouer avec la profondeur, la transmission et la dignité de cette célébration séculaire. Faire du festival un espace d’éducation, de renaissance culturelle, d’affirmation identitaire, où chaque geste et chaque parole renouent avec la mémoire d’un peuple.
Avec une programmation dense, un afflux record de visiteurs et une volonté affichée de remettre la culture au centre, l’édition 2025 pourrait bien marquer un tournant historique pour le Festival Mpo’o – un retour aux sources, mais avec l’élan d’une renaissance.
Simon Emmanuel MINYEM