Vieillissement démographique : L’Afrique centrale face à un virage stratégique que la BERD juge décisif

Longtemps perçu comme une menace propre aux pays riches, le vieillissement démographique devient un enjeu émergent en Afrique.

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), dans son dernier rapport, alerte sur une réalité trop souvent sous-estimée : certaines économies africaines pourraient « vieillir avant de s’enrichir », un scénario qui menacerait leur compétitivité, leur stabilité financière et leurs ambitions d’industrialisation.

Alors même que l’âge médian sur le continent reste de 20 ans, plusieurs régions – notamment l’Afrique du Nord, l’Afrique australe et progressivement l’Afrique centrale – connaissent une transition silencieuse : baisse de la natalité, allongement de l’espérance de vie, urbanisation rapide et mutation des modèles familiaux. Selon Beata Javorcik, économiste en chef de la BERD, ces trajectoires rappellent celles des pays post-communistes d’Europe de l’Est, aujourd’hui confrontés à une contraction de leur main-d’œuvre et un poids croissant des dépenses sociales.

Cameroun et Afrique centrale : une jeunesse abondante, mais une transition déjà enclenchée

En Afrique centrale, le Cameroun se distingue par une transition démographique plus rapide qu’il n’y paraît. La fécondité a reculé en milieu urbain, les femmes accèdent davantage à l’éducation, et les coûts liés à l’enfant – santé, logement, scolarité – augmentent. Dans des pays comme le Gabon ou le Congo, l’âge médian progresse déjà, et la proportion de personnes âgées pourrait doubler d’ici 2050.

Ce vieillissement progressif intervient dans une région où les systèmes de retraite sont fragiles, fondés majoritairement sur des régimes publics non capitalisés, avec une base contributive limitée. Une réduction future de la population active représenterait un choc pour des économies déjà dépendantes des matières premières et exposées aux cycles de prix.

Conséquences géoéconomiques : une nouvelle ligne de fracture du Sud global

La dynamique démographique devient un enjeu géoéconomique majeur. Si l’Afrique centrale veut rester compétitive dans un monde où l’intelligence artificielle et l’automatisation redéfinissent le travail, elle doit investir massivement dans les compétences. Or, l’adoption de ces technologies reste faible, accentuant le risque d’un décrochage face à l’Asie émergente ou aux économies occidentales à forte robotisation.

Pour le Cameroun et ses voisins, le vieillissement n’est pas qu’un défi social : c’est un facteur de vulnérabilité stratégique. Une population active stagnante ou en déclin affaiblit la capacité d’exportation, limite l’attractivité pour les investisseurs et pèse sur les capacités de défense et de stabilité interne. Dans un contexte de compétition des puissances pour l’influence en Afrique centrale – Chine, États-Unis, Russie, Turquie – la démographie devient un paramètre d’intelligence économique déterminant.

Anticiper pour ne pas subir

La BERD recommande un levier majeur : allonger la vie active et investir dans des politiques massives de formation continue. « Les jeunes doivent comprendre qu’ils porteront le fardeau des régimes de retraite », insiste Javorcik. Pour l’Afrique centrale, cela impose des réformes profondes : modernisation des systèmes de protection sociale, digitalisation de l’économie, montée en compétences technologiques et politiques migratoires régionales plus intégrées.

Le vieillissement n’est pas une fatalité, mais un tournant stratégique. Pour le Cameroun comme pour l’ensemble de l’Afrique centrale, le moment d’agir, c’est maintenant — avant que la démographie ne devienne un frein à l’ambition continentale d’émergence.

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