Scrutin maîtrisé, victoire écrasante du RDPC et suspense inédit chez les chefs traditionnels
Les élections régionales organisées hier au Cameroun se sont déroulées dans un climat apaisé, marqué par une forte mobilisation des électeurs et une organisation saluée par l’ensemble des acteurs. En Sanaga Maritime, la journée électorale a confirmé à la fois la solidité des dispositifs mis en place par Élections Cameroun (Elecam) et l’intérêt croissant pour ce second scrutin du genre, trois ans après la première mandature des conseils régionaux.
Une logistique électorale maîtrisée
Dès 8 heures, les quatre bureaux de vote aménagés au Lycée Bilingue d’Édéa ont ouvert simultanément, accueillant un flux continu d’électeurs dûment encadrés par les forces de maintien de l’ordre. Circulation fluide, orientation précise, prise en charge rigoureuse : rien n’a été laissé au hasard. Elecam Sanaga Maritime, épaulé par les autorités administratives – préfectorales et communales –, a assuré un déroulement sans accroc du processus, renforçant la crédibilité d’un scrutin organisé dans un contexte politique encore sensible, à la suite de la présidentielle récemment contestée par certaines formations politiques.
Avec 93,1 % de participation (555 votants sur 596 inscrits), la circonscription affiche l’un des taux les plus élevés du pays. Un indicateur de la mobilisation des élus locaux, mais aussi de la responsabilité qui leur incombe au moment où l’État mise sur la régulation territoriale pour dynamiser la décentralisation.
RDPC : une victoire sans appel dans le collège des délégués départementaux
Dans la catégorie des délégués du département, où le RDPC était seul en compétition, le verdict des urnes confirme la maîtrise politique du parti présidentiel en Sanaga Maritime. Sur 255 inscrits, 248 ont voté. Résultat : 240 voix pour le RDPC, aucun rival et seulement 8 bulletins nuls.
Une victoire sans équivoque, qui conforte l’hégémonie locale du parti au moment où s’annoncent, dans trois mois, des élections législatives et municipales particulièrement stratégiques. Pour le RDPC, cette démonstration de force constitue un signal politique fort dans un paysage où les oppositions tentent, tant bien que mal, de capitaliser sur les débats post-présidentielle.

(Electeurs et observateurs en attente de dépouillement)
Suspense et parfaite égalité chez les représentants du commandement traditionnel
Le véritable enjeu – et la surprise du scrutin – est venu du collège du commandement traditionnel. Deux listes étaient en compétition :
- Celle conduite par Sa Majesté Biten André,
- Et celle conduite par Sa Majesté Mbei Emmanuel.
Répartis dans deux bureaux de vote, les 341 électeurs inscrits ont réservé un scénario inattendu.
Au bureau A1, la liste Mbei arrive légèrement en tête avec 78 voix, contre 73 à la liste Biten, pour 5 bulletins nuls.
Mais au bureau B1, la tendance s’inverse : 74 voix pour la liste Biten, contre 69 pour celle de Mbei, avec 9 bulletins nuls. Au final, égalité parfaite : 147 voix partout, et un total de 14 bulletins nuls.
Jamais, depuis l’instauration des régionales, un tel équilibre n’avait été observé dans le commandement traditionnel en Sanaga Maritime. Ce résultat crée un suspens institutionnel et soulève des interrogations sur les arbitrages à venir – un enjeu d’autant plus sensible que les chefs traditionnels jouent un rôle déterminant dans la gestion territoriale, la cohésion sociale et les dynamiques de légitimité locale.
Un scrutin qui prépare les échéances de 2026
Cette élection régionale intervient à un moment charnière. D’une part, le pays sort d’une présidentielle dont les résultats font encore débat dans certains cercles politiques.
D’autre part, le Cameroun s’achemine vers les élections municipales et législatives dans trois mois, scrutées de près par les acteurs nationaux et internationaux.
Dans ce contexte, la Sanaga Maritime offre une image contrastée mais riche en enseignements :
- Une administration électorale performante,
- Une sécurité assurée sans militarisation excessive,
- Une majorité présidentielle consolidée dans les collèges politiques,
- Mais un espace traditionnel en recomposition, où les équilibres entre chefferies s’avèrent plus mouvants que prévu.
Les régionales 2025 auront ainsi servi de test grandeur nature pour les prochaines batailles électorales, tout en rappelant l’importance de la décentralisation dans la structuration du débat public camerounais.
Simon Emmanuel Minyem