En réactivant la ligne Douala–Kribi avec un navire de 1 200 EVP, le président de Gulfcam repositionne le Cameroun au cœur des routes logistiques de la CEMAC et engage une nouvelle bataille géoéconomique pour la souveraineté maritime nationale.
Dans un contexte marqué par des fragilités politiques internes et des recompositions économiques régionales, Gulfcam SAS réactive un dispositif longtemps considéré comme obsolète : le cabotage conteneurisé entre Douala et Kribi. Dès janvier 2026, un navire affrété de 1 200 EVP remettra en service la ligne CAMSHIP, suspendue depuis 2022. Cette décision dépasse le simple cadre opérationnel : elle affirme la volonté du Cameroun de sécuriser ses corridors logistiques et de réduire sa dépendance aux infrastructures terrestres souvent paralysées par des tensions sociales et sécuritaires.
« Nous devons contourner les limites de la route et restaurer une souveraineté logistique camerounaise », souligne Perrial Jean Nyodog, président de Gulfcam et figure influente du secteur pétrolier régional. Un navire peut transporter jusqu’à 500 conteneurs par rotation, contre seulement deux pour un camion, réduisant ainsi coûts, délais et émissions carbone. La relance du cabotage devient vitale dans un pays où les routes Douala–Kribi et Douala–Ngaoundéré restent régulièrement bloquées.
Un corridor stratégique pour la CEMAC et la CEEAC
Le projet ne se limite pas au Cameroun. Il restructure les flux commerciaux de la CEMAC, dont dépendent fortement le Tchad et la République centrafricaine, et peut renforcer la compétitivité régionale face à des routes maritimes alternatives en Afrique de l’Ouest. Le corridor maritime, en reliant les ports en eau profonde de Kribi à Douala via de petits navires, garantit une interconnexion stratégique avec d’autres ports de la CEEAC, de Libreville à Boma, offrant au Cameroun un rôle central dans le commerce intra-africain et la distribution pétrolière.

L’homme derrière la stratégie : Perrial Jean Nyodog
Ancien directeur général de Tradex et président de Gulfcam, Perrial Jean Nyodog incarne une vision intégrée : combiner pétrole, logistique, maritime et distribution pour sécuriser la chaîne import-export régionale. Sa trajectoire, marquée par des restructurations audacieuses et la modernisation des systèmes de distribution, lui confère une réputation de bâtisseur méthodique. Sous sa direction, Gulfcam — fruit de la fusion de Gulfin (pétrole) et Camship-CLGG (maritime) — rivalise avec les grands armateurs internationaux. Il a également introduit des systèmes de suivi et de coupons carburants sécurisés, visant à renforcer la transparence et la résilience des flux critiques.
Vocation intelligence économique & analyse stratégique
Gulfcam déploie une approche d’intelligence économique avancée, combinant collecte de données, veille maritime et analyse géopolitique. Les équipes surveillent le trafic de conteneurs, identifient les goulets d’étranglement et évaluent l’impact des crises politiques sur les corridors logistiques. Cette capacité d’anticipation permet d’optimiser les rotations, d’ajuster la capacité de stockage et de sécuriser les flux de produits stratégiques.
La société s’appuie sur des partenariats avec les douanes, les autorités portuaires et les services de renseignement économique, transformant le cabotage en un levier de souveraineté nationale. L’intégration d’outils d’analyse prédictive permet également de modéliser les risques d’ingérence étrangère, qu’il s’agisse de pressions économiques d’acteurs extérieurs ou de la concurrence des armateurs internationaux dans la région du Golfe de Guinée.

Projection pour l’Afrique centrale
La combinaison entre un port en eau profonde moderne (Kribi), un hub économique historique (Douala), et une compagnie nationale capable de structurer le cabotage (Gulfcam) constitue un triptyque stratégique. Dans un monde où la logistique et la chaîne d’approvisionnement déterminent largement la compétitivité, le Cameroun, sous cette dynamique, pourrait devenir le pôle maritime central de la CEMAC — capable de redistribuer des biens, stabiliser l’approvisionnement, attirer des industries, et jouer un rôle de passerelle entre l’Afrique centrale et le commerce international.
Géopolitique et enjeux régionaux
La relance du cabotage intervient à un moment où le Golfe de Guinée concentre des enjeux géopolitiques majeurs : sécurisation des corridors pétroliers, piraterie maritime et influence des grandes puissances sur les routes logistiques africaines. En reconfigurant les flux maritimes et en sécurisant la chaîne d’approvisionnement intérieure, le Cameroun, sous Perrial Jean Nyodog, réduit sa vulnérabilité stratégique. Un vrai champ expérimental qui servira sûrement au secteur pétrolier.
À terme, cette initiative pourrait servir de modèle pour d’autres États de la CEMAC et de la CEEAC, en créant un réseau de ports interconnectés capables de rivaliser avec les hubs de l’Afrique de l’Ouest. Le projet souligne l’importance de la souveraineté maritime comme instrument de puissance économique et politique régionale.
Avec un quai dédié au cabotage en préparation à Douala et une collaboration renforcée avec les douanes, Gulfcam se positionne comme un acteur stabilisateur dans une économie régionale fragilisée. La relance du cabotage n’est pas seulement un projet technique : elle devient un levier géoéconomique et stratégique, visant à repositionner le Cameroun comme puissance logistique, sécuriser les flux commerciaux de la CEMAC et affirmer une présence nationale dans un secteur clé pour l’avenir de l’Afrique centrale.