Le 1ᵉʳ décembre 2025, l’opposant de longue date, Anicet Ekane, 74 ans, est décédé en détention au sein du centre de détention du Secrétariat d’État à la Défense (SED) à Yaoundé.
Arrêté fin octobre, en pleine vague d’arrestations suivant l’élection présidentielle controversée du 12 octobre, Georges Anicet Ekane était accusé d’« insurrection » après avoir soutenu le candidat d’opposition Issa Tchiroma Bakary. Ses proches dénoncent un traitement indigne : « il avait des difficultés à respirer, on lui a confisqué son concentrateur d’oxygène », déplore un de ses avocats. La mort de ce poids lourd de l’opposition suscite une onde de choc nationale et internationale.
Pour Human Rights Watch (HRW), il s’agit « d’un exemple alarmant de l’échec systémique du Cameroun à protéger les droits et la dignité des personnes détenues ». Le chef de l’État, Paul Biya a ordonné « une enquête » à travers le ministre de la Communication. Mais cette annonce peine à apaiser les critiques, y compris de la part de l’Union européenne, qui demande la libération des autres détenus politiques et la levée des poursuites arbitraires.
Un Cameroun à un tournant
À l’étranger, la mort d’Anicet Ekane relance les questionnements sur la gouvernance, les droits de l’homme et la stabilité du Cameroun — un État pivot d’Afrique centrale, carrefour entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique équatoriale.
Son port Atlantique, ses infrastructures portuaires, et ses corridors routiers sont stratégiques pour les échanges régionaux. Une crise prolongée risque de fragiliser l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers et d’affaiblir les partenariats économiques, y compris avec des bailleurs multilatéraux.
Sur le plan diplomatique, la pression s’accroît : des ONG, des chancelleries étrangères et des organisations régionales évoquent l’impact négatif de cette crise sur la crédibilité du régime, et sur la capacité du Cameroun à jouer un rôle de stabilité dans la zone.
« L’absence d’indépendance de la justice, le recours à la détention arbitraire, l’usage présumé « excessif » de la force – dénoncé depuis les manifestations post-électorales – mettent en question les engagements internationaux de Yaoundé en matière de droits civils », selon elles.
Risques de radicalisation et fracture sociale
La disparition d’un leader historique de l’opposition en détention pourrait nourrir un sentiment de désespoir et d’injustice – catalyseur de radicalisation. Nombre d’opposants parlent déjà de « crime d’État » et exigent un procès international indépendant.
Dans un contexte où une population jeune (et souvent marginalisée) fait face à des défis économiques et sociaux, cette affaire pourrait alimenter la désaffection politique, la polarisation et, à terme, des formes de contestation plus radicales.
Vers un tournant : transparence, responsabilité, dialogue
La communauté internationale – États, institutions régionales, bailleurs de fonds – a désormais les yeux tournés vers Yaoundé.
Pour éviter un isolement diplomatique et préserver ses atouts géostratégiques, le Cameroun est appelé à assurer l’État de droit : enquêtes transparentes, justice indépendante, protection des libertés, libération des détenus, réformes institutionnelles.
Sans cela, la mort d’Anicet Ekané pourrait devenir le symbole durable d’ « un régime englué dans la répression » a déclaré un membre de l’opposition sous anonymat – avec pour coût la fragilisation de la paix sociale, la perte de confiance des partenaires et la mise en péril de la stabilité régionale.