Entre inflation, faibles marges des entreprises et comparaisons régionales, la soutenabilité d’un Smig à 125 000 ou 140 000 FCFA divise experts et économistes.
Le Premier ministre Joseph Dion Nguté a signé le 21 mars 2023 un décret revalorisant le Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) au Cameroun. Face au désaccord qui a émaillé les discussions entre l’État et les organisations syndicales et patronales, le décret de Joseph Dion Ngute va instaurer pour la première fois trois Smig distincts, selon les secteurs d’activité.
En 2025, le Cameroun maintient une grille salariale à trois vitesses : 60 000 FCFA pour le privé non agricole, 45 000 FCFA pour l’agricole, et 43 969 FCFA pour les agents de l’État relevant du Code du travail. Dans un pays où l’inflation demeure autour de 6 %, ces montants stagnants alimentent un débat social devenu politique. Les revendications syndicales (Smig à 150 000 FCFA) ont pris une ampleur nouvelle lorsque deux candidats majeurs à la présidentielle, Jean Blaise Gwet (125 000 FCFA) et Cabral Libii (140 000 FCFA), ont proposé des revalorisations fortes.
Le Cameroun peut-il supporter un Smig doublé ?
Selon des économistes locaux interrogés par plusieurs médias, un Smig autour de 125 000–140 000 FCFA représente une hausse de 108 % à 133 %. Le choc serait massif :
1. Impact sur le budget de l’État
- Le Cameroun compte environ 350 000 agents publics, dont une partie est concernée par le Smig.
- Une hausse mécanique du salaire minimum propulserait le coût annuel supplémentaire à 150–200 milliards FCFA, sans compter les effets en chaîne sur les autres catégories.
- Dans un budget où la masse salariale absorbe déjà plus de 35 % des dépenses courantes, la manœuvre exigerait :
- soit une hausse de l’endettement,
- soit une augmentation significative des recettes fiscales,
- soit un gel ou une réduction d’autres dépenses publiques.
2. Impact sur les entreprises
Pour le secteur privé, 95 % composé de TPE/PME, les marges restent faibles. Les experts du Gicam estiment que plus de 40 % des entreprises seraient incapables d’appliquer un Smig supérieur à 100 000 FCFA sans : augmenter les prix, réduire les effectifs, ou basculer dans l’informel.
Le Cameroun est-il vraiment en retard dans la sous-région ?

Comparé à la CEMAC :
- Gabon : 150 000 FCFA
- Guinée équatoriale : environ 120 000 FCFA
- Tchad : 60 000 FCFA
- RCA : 35 000 FCFA
Le Cameroun se situe au milieu du tableau, mais avec un coût de la vie souvent plus élevé que dans certains pays voisins.
Qui a droit au Smig ?
Le Smig s’applique :
- aux salariés du secteur privé,
- aux travailleurs du secteur agricole,
- aux agents de l’État relevant du Code du travail.
Faisable, mais pas sans réformes
Un Smig à 125 000 ou 140 000 FCFA n’est pas impossible, mais nécessite :
- un élargissement de l’assiette fiscale,
- un appui massif aux PME,
- une lutte accrue contre le secteur informel,
- et une stratégie de productivité nationale.
Sans cela, la mesure risque de devenir politiquement séduisante… mais économiquement explosive.