Le Golfe de Guinée, aujourd’hui épicentre des enjeux énergétiques et sécuritaires de l’Afrique atlantique, demeure marqué par une blessure historique : celle du commerce transatlantique des esclaves.
Pendant près de quatre siècles, cette côte – du Sénégal à l’Angola – fut l’un des principaux théâtres de la traite négrière, un traumatisme dont les répercussions démographiques, politiques et géostratégiques persistent.
Un héritage historique massif, des sociétés durablement fragilisées
Entre 1501 et 1867, près de 12,5 millions d’Africains furent déportés, dont la moitié via les ports du Golfe de Guinée. Le Cameroun, souvent oublié dans les récits sur la traite, abritait pourtant des sites de transit majeurs comme Bimbia, l’un des points de départ les plus actifs de la côte « camerounaise » vers les Amériques.
Les populations capturées dans l’arrière-pays – Bakweri, Douala, Tikar, Bamoun, Grassfields – furent livrées aux négriers européens par un système complexe d’intermédiaires locaux et étrangers. Cet arrachement massif a affaibli les royaumes côtiers, perturbé les structures de pouvoir et créé un vide démographique qui favorisera plus tard la domination coloniale allemande, puis franco-britannique.

(Vers le lort négrier de Bimbia au Cameroun)
Un espace stratégique réinventé : ressources, rivalités et vulnérabilités
Aujourd’hui, la région n’a jamais été aussi convoitée. Le Golfe de Guinée concentre une part croissante de la production pétrolière africaine, du Nigeria à la Guinée équatoriale, en passant par le bassin de Kribi-Limbe au Cameroun. Le pays, producteur moyen mais géographiquement central, occupe une position clé sur le corridor maritime reliant l’Afrique aux Amériques.
Cette importance attire les investissements – chinois, européens, américains – mais aussi les risques : piraterie dans le golfe, trafics, tensions autour des frontières maritimes, notamment entre le Cameroun et la Guinée équatoriale dans la zone de Campo.

(Deux esclaves à la porte de Bimbia)
Sécurité maritime et coopération : un enjeu vital pour Yaoundé
Le Cameroun, membre actif du Code de conduite de Yaoundé (2013), collabore avec le Nigeria, le Gabon et les organisations internationales pour lutter contre la criminalité maritime. La sécurisation du port de Douala, du terminal flottant de Kribi et des zones pétrolières du Sud-Ouest est devenue un impératif stratégique.
Cette démarche s’inscrit dans un effort de reconstruction de souveraineté économique : protéger les routes maritimes, sécuriser les plateformes offshore, réduire la dépendance aux forces étrangères.
La mémoire comme outil diplomatique

(Bimbia, l’ancien port d’esclaves)
Comme au Sénégal ou au Ghana, le Cameroun mobilise désormais la mémoire de Bimbia pour renforcer sa diplomatie culturelle, attirer le tourisme mémoriel et rappeler la place du pays dans la cartographie mondiale de la traite.
Dans le Golfe de Guinée, l’histoire n’est pas seulement un passé : elle reste un levier de puissance, un moteur de revendication et un miroir des rapports internationaux contemporains.