L’Afrique centrale, longtemps perçue comme une périphérie du transport aérien mondial, s’impose aujourd’hui comme l’un des nouveaux champs de bataille entre Boeing et Airbus.
Avec une croissance du trafic aérien africain annoncée à +6 % par an, contre 4 % en moyenne mondiale, la région devient un enjeu stratégique où se dessine une partie de la future carte du ciel.
Un marché encore modeste, mais à l’avenir explosif
Selon Boeing, la flotte africaine devrait doubler d’ici 2044, atteignant 1 680 appareils. Airbus prévoit 1 460 livraisons d’ici 2043.
L’Afrique centrale – CEMAC et RDC – ne compte aujourd’hui qu’une soixantaine d’avions commerciaux en service, mais représente l’une des poches de croissance les plus prometteuses du continent. Ses besoins sont clairement identifiés :
- Monocouloirs (737 MAX, A320neo) pour les dessertes domestiques et intrarégionales.
- Avions cargo, alors que la demande en fret augmente de 8 % par an dans le Golfe de Guinée.
- Gros-porteurs pour connecter Douala, Kinshasa ou Libreville aux hubs du Golfe, d’Europe et d’Asie.
Boeing dominateur, Airbus en percée organisée
Fort de 70 % de parts de marché en Afrique, Boeing conserve une longueur d’avance grâce à l’historique 737 et au 767, utilisés par Camair-Co, Congo Airways ou TransAir Congo.
« L’Afrique centrale est l’un des derniers grands marchés émergents du transport aérien mondial », rappelle Shahab Matin, directeur du marketing commercial Boeing. Mais Airbus s’installe méthodiquement :
- croissance accélérée des flottes Airbus en RDC ;
- montée en puissance d’Afrijet au Gabon ;
- appui du cluster aéronautique marocain, devenu base arrière industrielle continentale ;
- renforcement de son centre africain de support client.
La bataille décisive : former la relève
Boeing estime que l’Afrique aura besoin de 74 000 personnels – pilotes, techniciens, PNC – dans les vingt prochaines années. Or l’Afrique centrale souffre d’un déficit chronique d’écoles certifiées. La compétition entre Boeing Global Services et Airbus Training Service devient ainsi une bataille géostratégique autant qu’industrielle.
L’heure de la visibilité internationale
Après des décennies d’attentisme, l’Afrique centrale entre enfin sur la carte du monde. Le marché reste petit, mais il est devenu incontournable – et surtout impossible à ignorer.