Cameroun : l’urgence invisible de l’acte de naissance

Selon les chiffres du ministère de l’Éducation, 1 412 128 élèves du primaire n’ont toujours pas d’acte de naissance.

Un million d’enfants sans identité juridique : l’opération spéciale piétine, le gouvernement prolonge en catastrophe

Au Cameroun, une course contre la montre s’est engagée pour donner une existence légale à ceux qui n’en ont pas. Malgré un dispositif national massif et un financement inédit, l’opération spéciale d’établissement d’actes de naissance pour les élèves du primaire tourne au ralenti.

Sur plus d’un million d’enfants ciblés (1 038 699), à peine 500 000 ont été enrôlés : moins de la moitié en neuf mois. Un déficit alarmant, alors que sans acte de naissance, un enfant ne peut ni passer certains examens officiels, ni poursuivre des études secondaires, ni plus tard prétendre à la moindre démarche administrative.

Un retard critique, une prolongation sous pression

Face à l’ampleur du retard, le gouvernement a dû prolonger les audiences foraines spéciales jusqu’au 15 janvier 2026. Motifs avancés : pluies diluviennes, routes coupées, dossiers arrivés tard dans les juridictions.
Motif implicite : l’opération n’avance pas assez vite.

Le Parec, bras technique de la réforme éducative, tire la sonnette d’alarme. Son coordonnateur général, Ambroise Owotsogo Onguene, a lancé un appel solennel : « Parmi ces enfants, on a de futurs ministres, de grands cadres, des scientifiques. Il ne faut pas faucher leur parcours scolaire à cause d’un acte de naissance ».

Mais sur le terrain, les réalités déjouent les ambitions : zones enclavées, familles désinformées, absence de pièces d’identité chez les parents… Un mur administratif et social persiste.

Une opération ambitieuse, mais freinée par le terrain

Pourtant, les moyens sont là :

  • 2,4 milliards FCFA mobilisés
  • Soutien de la Banque mondiale et du Partenariat mondial pour l’éducation
  • Collaboration de quatre ministères clés
  • Enrôlement décentralisé dans les écoles

La stratégie était censée fluidifier tout le processus. Mais la machinerie administrative peine à absorber l’afflux des dossiers. Les écoles collectent, les parents hésitent, les tribunaux saturent.

Un défi colossal : 1,4 million d’élèves sans acte

Selon les chiffres du ministère de l’Éducation, 1 412 128 élèves du primaire n’ont toujours pas d’acte de naissance. Ce chiffre est plus qu’un indicateur administratif : il est un risque systémique pour l’Objectif de développement durable n°4 (éducation inclusive). Sans identité légale, c’est toute la trajectoire d’un enfant qui se fissure :
école, santé, protection sociale, citoyenneté, accès futur à l’emploi.

Première phase : la méthode du choc

En 2024, une première opération ciblait 80 000 élèves en fin de cycle. Les résultats rapides – permis par une dérogation exceptionnelle autorisant les enfants à composer les examens sans acte de naissance – avaient été salués comme un « succès ». Un succès qui a justifié l’amplification massive de la phase 2… sans que les obstacles logistiques aient été totalement résolus.

Derrière l’acte de naissance, une bataille pour l’avenir

Chaque dossier reste simple : copie d’identité de la mère ou de son acte de naissance, plus les pièces de deux témoins. Pourtant, dans les zones reculées, ces documents sont parfois inexistants. Le Parec a dû multiplier les caravanes de sensibilisation, parfois dans des localités où aucune administration d’état civil n’existe réellement.

L’enjeu dépasse la scolarité : il s’agit d’éviter la constitution d’une génération fantôme, invisible dans les registres, invisible pour les politiques publiques.

Une prolongation, mais un véritable compte à rebours

Avec la prorogation jusqu’en janvier 2026, les autorités espèrent engranger plusieurs centaines de milliers de dossiers supplémentaires. Mais même à ce rythme, atteindre l’objectif initial apparaît complexe.

La question reste entière : Le Cameroun peut-il administrer une opération de cette ampleur dans les délais, ou risque-t-on de reporter encore l’existence administrative de milliers d’enfants ? Ce qui se joue n’est pas qu’un acte de naissance. C’est un acte de reconnaissance.

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