À Bangui, l’ouverture de la campagne du quadruple scrutin du 28 décembre révèle un affrontement stratégique entre continuité sécuritaire, contestation politique et enjeux de souveraineté nationale.
La campagne électorale pour le quadruple scrutin du 28 décembre (présidentielle, législatives, régionales et municipales) a officiellement démarré le 13 décembre à Bangui, dans un climat à la fois mobilisateur et lourd de fractures. Au cœur de l’affrontement politique : le président sortant Faustin-Archange Touadéra, candidat du Mouvement Cœurs Unis (MCU), face à une opposition fragmentée mais offensive, sur fond de défis sécuritaires persistants et de recomposition géopolitique.
Faustin-Archange Touadéra, la carte de la sécurité et de l’État fort
Devant un stade de 20 000 places, Faustin-Archange Touadéra a axé son discours sur la continuité sécuritaire et la préservation de l’unité nationale. Un narratif cohérent avec son bilan revendiqué : reconstruction des Forces armées centrafricaines (Faca), montée en puissance de l’appareil sécuritaire et reprise partielle du contrôle territorial depuis la crise de 2013.
Pour le président sortant, la sécurité demeure le socle de toute souveraineté politique et économique. Dans un pays où plus de 40 % du territoire reste vulnérable aux groupes armés, l’argument trouve un écho auprès d’une population lassée par l’instabilité chronique.
Mais cette stratégie repose aussi sur des alliances sécuritaires controversées, notamment avec des mercenaires russes et des forces rwandaises, qui alimentent un débat sur la dépendance sécuritaire et la souveraineté réelle de l’État.
Une opposition fragmentée mais mobilisée
Face à Faustin-Archange Touadéra, Anicet George Dologuélé, leader de l’URCA, a opté pour une campagne de proximité, sillonnant Bangui en cortège ambulant. Son message est frontal : « dix ans de promesses non tenues » et un appel à un « choix de survie nationale ». Il mise sur la fatigue sociale, le chômage urbain et la persistance de la pauvreté pour mobiliser un électorat jeune et urbain.
Autre figure clé, Henri-Marie Dondra, ancien Premier ministre passé dans l’opposition, a lancé sa campagne dans un cadre plus modeste, mais symbolique : une école de la capitale, soulignant l’enjeu de la gouvernance et des services publics.
Cependant, l’opposition apparaît divisée. Une partie a choisi le boycott, dénonçant un cadre électoral jugé biaisé, ce qui fragilise la portée politique du scrutin et alimente les interrogations sur sa légitimité internationale.
Sécurité, démographie et crédibilité électorale
Sur le plan sécuritaire, malgré une amélioration relative, des foyers de violence persistent à l’est, où des groupes rebelles restent actifs. Cette réalité pose un défi logistique majeur : garantir l’accès aux bureaux de vote et la sécurité des électeurs dans un pays vaste, faiblement équipé et démographiquement jeune.
Au-delà du vote, ce scrutin constitue un test géostratégique. Il déterminera non seulement l’orientation politique de Bangui, mais aussi sa place dans les équilibres régionaux et internationaux, entre partenaires occidentaux, Russie et acteurs africains.
Dans un contexte de basculement global, la Centrafrique joue une partie décisive où sécurité, légitimité et souveraineté restent étroitement imbriquées.