Cameroun 2025 : Bras de fer post-électoral entre l’opposition en exil et le pouvoir à Paris

Deux mois après la présidentielle du 12 octobre 2025, le Cameroun reste dans une situation de tension post-électorale.


Entre légitimité contestée, pressions internationales et scénarios de transition, les enjeux stratégiques du pays se cristallisent à Paris. Issa Tchiroma Bakary cherche à peser sur un pouvoir solidement enraciné.

Deux mois après la présidentielle du 12 octobre 2025, le Cameroun reste dans une situation de tension post-électorale. À Paris, Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et candidat revendiquant la victoire, a organisé une conférence de presse pour dénoncer des « fraudes documentées » et la répression des manifestations, qui aurait entraîné une soixantaine de morts et plus de 3 000 interpellations selon ses estimations. L’opposition entend internationaliser la crise, sollicitant l’attention de la France, de l’Union européenne et des instances de défense des droits humains.

La législation camerounaise, toutefois, limite strictement toute contestation interne. Seul le Conseil constitutionnel peut valider ou annuler les résultats, et sa confirmation de la victoire de Paul Biya verrouille le cadre légal. Le camp d’Issa Tchiroma mise donc sur une stratégie extérieure : mobilisation diplomatique, actions judiciaires internationales et engagement de la diaspora.

La France, partenaire historique et stratégique, privilégie la stabilité, soucieuse de la sécurité régionale et des flux économiques dans le Golfe de Guinée. L’Union européenne, tout en exprimant ses préoccupations sur les droits humains, adopte également une posture prudente, consciente du rôle central du Cameroun dans la sous-région. Ces positions limitent, pour l’instant, les marges de manœuvre de l’opposition, malgré ses efforts de lobbying.

Au plan géopolitique et géoéconomique, le Cameroun demeure un pivot régional : corridors commerciaux, port de Douala, ressources agricoles et énergétiques, et rôle sécuritaire dans la lutte contre Boko Haram et les groupes armés dans la zone du bassin du Congo. Toute instabilité prolongée aurait des répercussions directes sur ses voisins, renforçant le pouvoir de Biya dans le rapport de force interne.

Le camp Tchiroma propose mollement une transition négociée, une enquête internationale sur les violences post-électorales et une réforme électorale. Ses relais internes – société civile et réseaux économiques – sont sous surveillance, limitant leur capacité à peser sur le terrain. L’opposition mise sur la pression internationale et la médiatisation pour créer des opportunités politiques dans un contexte où le régime reste fortement structuré et largement implanté.

Schéma du rapport de force interne et externe

1. Acteurs internes :

  • Pouvoir en place – Paul Biya
    • Contrôle : Administration centrale, armée, forces de sécurité, médias publics, appareils électoraux.
    • Points forts : Ancrage territorial, réseaux économiques, soutien régional (certaines capitales africaines).
    • Points faibles : Crise de légitimité post-électorale, contestation de l’opposition, pression internationale limitée.
  • Opposition – Issa Tchiroma Bakary et alliés
    • Contrôle : Mobilisation diaspora, réseaux de société civile, relais dans certaines grandes villes.
    • Points forts : Légitimité revendiquée, documentation de fraudes et violences – à apporter et à prouver -, soutien moral international.
    • Points faibles : Absence de contrôle territorial réel, surveillance et répression, capacités limitées à peser sur les institutions nationales.

2. Acteurs externes :

  • France
    • Intérêts : Stabilité régionale, sécurisation des flux économiques, relations diplomatiques historiques.
    • Position : Prudente, privilégie la stabilité, critique modérée des violences.
  • Union Européenne
    • Intérêts : Gouvernance démocratique, droits humains, coopération économique.
    • Position : Surveillance, dénonciation des abus, mais peu de mesures coercitives immédiates.
  • Organisations internationales (ONU, droits humains)
    • Intérêts : Suivi des violations des droits humains et de la légalité électorale.
    • Influence : Rapports et recommandations, mais efficacité limitée sur terrain.

3. Enjeux stratégiques :

  • Géopolitique : Maintien de la stabilité au cœur de l’Afrique centrale et dans le Golfe de Guinée.
  • Géoéconomie : Ressources naturelles, corridors commerciaux, port de Douala, zones d’investissement stratégiques.
  • Gouvernance : Confrontation légalité / légitimité ; risques de pression internationale vs contrôle interne.

4. Scénarios possibles :

  1. Maintien du statu quo : Biya reste au pouvoir, opposition limitée à des actions diplomatiques et médiatiques.
  2. Pression internationale croissante : Enquêtes sur violences, médiation régionale, légère révision des pratiques électorales.
  3. Transition négociée (moins probable à court terme) : Dialogue sur réforme électorale et investigations sur violences, impliquant Paul Biya et opposition.

La faisabilité de cette démarche reste incertaine. La confrontation se situe autant sur le terrain diplomatique qu’à l’intérieur du pays, où le pouvoir maintient un contrôle robuste sur l’administration, les forces de sécurité et les communications. L’opposition espère que la documentation des violences et la mobilisation de partenaires internationaux pourront infléchir la donne, mais le calendrier reste flou.

Le rapport de force entre un pouvoir enraciné et une contestation exilée illustre la complexité de la gouvernance et des équilibres politiques au Cameroun, au cœur de la dynamique régionale.

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