Réunis à Kinshasa, les évêques de l’ACEAC appellent à une paix structurelle, dénoncent les idéologies de violence et renforcent leur rôle d’acteur géopolitique et social dans une région en crise chronique
À l’heure où l’Afrique centrale reste l’un des épicentres mondiaux de l’instabilité sécuritaire, les évêques de l’Association des Conférences Épiscopales de l’Afrique Centrale (ACEAC) ont placé la paix, la justice et la protection des plus vulnérables au cœur de leur XVᵉ Assemblée plénière, tenue à Kinshasa du 10 au 14 décembre. Bien au-delà d’un rendez-vous pastoral, cette rencontre s’inscrit dans une lecture lucide des rapports de force régionaux et des défaillances structurelles des États.
Dans une sous-région minée par les conflits armés, les ingérences transfrontalières, l’exploitation illégale des ressources et la faiblesse persistante des institutions publiques, l’Église catholique entend affirmer une présence qui dépasse le cadre spirituel. « Notre sous-région est astreinte depuis plus de trente ans à des perturbations profondes de la paix », a rappelé le président sortant de l’ACEAC, Mgr José Moko, dénonçant implicitement les logiques de prédation et de violence qui alimentent les crises des Grands Lacs.
Les travaux ont mis l’accent sur l’élaboration d’un plan triennal pour la paix, conçu comme un outil de plaidoyer et de médiation à l’échelle régionale. Les évêques ont également insisté sur l’urgence d’intégrer l’accompagnement psychologique des victimes de violences armées et d’abus dans la pastorale, une reconnaissance explicite des traumatismes collectifs laissés par des décennies de conflits et d’impunité.
Face à ce qu’ils qualifient d’« idéologies meurtrières », les prélats ont souligné la responsabilité des élites politiques et militaires, sans toutefois les nommer, dans la perpétuation de cycles de violence. Dans une région où les mécanismes judiciaires nationaux peinent à fonctionner, l’Église se positionne de plus en plus comme un acteur moral de référence, capable de documenter, d’alerter et d’accompagner les victimes lorsque les États sont défaillants.
La dimension géopolitique des échanges a également été renforcée par la collaboration étroite avec le Saint-Siège, notamment le dicastère pour le Service du développement humain intégral. Cette articulation entre niveau local et diplomatie vaticane confère à l’ACEAC une capacité d’influence accrue dans les débats internationaux sur la paix, la gouvernance et les droits humains en Afrique centrale.
L’Assemblée a enfin acté le renouvellement de ses instances dirigeantes avec l’élection de Mgr Joachim Ntahondereye, évêque de Muyinga au Burundi, à la présidence de l’ACEAC. Dans un contexte de recomposition régionale incertaine, ce nouveau leadership hérite d’un défi majeur : faire de l’Église non seulement une conscience morale, mais un acteur structurant de stabilisation dans une région où la paix reste fragile et largement conditionnée par des enjeux géopolitiques qui la dépassent.