Afrique centrale : la BDEAC structure le levier des partenariats public-privé

La BDEAC à l’épreuve de la modernisation

En lançant l’élaboration d’un cadre normatif dédié aux PPP, la Banque de développement des États de l’Afrique centrale cherche à sécuriser les investissements, renforcer l’attractivité régionale et affirmer une souveraineté financière collective.

La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) a franchi une étape stratégique en lançant un appel d’offres international pour recruter un cabinet chargé d’élaborer un cadre normatif applicable aux financements en partenariat public-privé (PPP). Cette initiative s’inscrit dans le Plan stratégique 2023-2027 de l’institution, baptisé « AZOBE », adopté par l’Assemblée générale des actionnaires le 22 décembre 2022.

À travers cette démarche, la BDEAC entend renforcer son rôle de catalyseur du développement économique et de l’intégration régionale au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources publiques, la pression sécuritaire et la compétition accrue pour les capitaux internationaux.

Les PPP comme outil de souveraineté économique

Le plan « AZOBE » identifie explicitement les partenariats public-privé comme un levier central pour financer les infrastructures structurantes : énergie, transports, eau, télécommunications, santé ou encore équipements urbains. Pour les États de la Cemac, confrontés à des marges budgétaires limitées et à une dette publique sous surveillance, les PPP apparaissent comme une alternative stratégique permettant de mobiliser des financements privés tout en poursuivant des objectifs de développement.

Mais jusqu’ici, l’absence d’un cadre normatif harmonisé à l’échelle régionale constituait un frein majeur. Les règles variaient selon les pays, générant des incertitudes juridiques, des risques financiers élevés et une faible bancabilité des projets. « L’enjeu est de sécuriser à la fois les États et les investisseurs », confie un cadre de la BDEAC, soulignant la nécessité de standardiser les pratiques.

Sécuriser, harmoniser, attirer

Le futur cadre normatif devra définir des règles claires en matière de structuration financière, de partage des risques, de gouvernance des projets et de mécanismes de contrôle. Il s’agira également d’intégrer des exigences de transparence, de traçabilité des flux financiers et d’évaluation des impacts économiques et sociaux.

Pour la BDEAC, l’objectif est double : améliorer l’efficacité des investissements publics et renforcer l’attractivité de l’Afrique centrale auprès des investisseurs institutionnels, des fonds souverains et des partenaires du Sud global. Dans un environnement international marqué par la rivalité entre grandes puissances et la recomposition des chaînes de valeur, la région cherche à se positionner comme un espace crédible et sécurisé pour les investissements de long terme.

Un enjeu géostratégique régional

Au-delà des considérations économiques, la structuration des PPP revêt une dimension géostratégique. Les infrastructures financées conditionnent la sécurité énergétique, la connectivité régionale et la résilience des États face aux crises. Routes, ports, réseaux électriques ou systèmes numériques sont désormais perçus comme des actifs stratégiques, au croisement du développement, de la sécurité et de la souveraineté.

Dans une région exposée à des défis sécuritaires transfrontaliers — du golfe de Guinée au bassin du lac Tchad —, la capacité à financer et maîtriser des projets structurants est également un facteur de stabilité. « Les infrastructures sont des outils de paix autant que de croissance », résume un analyste régional.

La BDEAC à l’épreuve de la modernisation

En se dotant d’un cadre normatif PPP, la BDEAC poursuit sa transformation en institution financière moderne, alignée sur les standards internationaux tout en défendant les intérêts spécifiques de ses États membres. L’initiative vise aussi à préserver l’équilibre financier de la Banque, en encadrant mieux les risques associés à des montages complexes.

À terme, ce cadre pourrait devenir une référence régionale, voire un instrument d’influence normative pour l’Afrique centrale, dans un environnement où les règles du financement du développement sont largement façonnées en dehors du continent.

À travers ce chantier, la BDEAC envoie un signal clair : l’Afrique centrale entend structurer elle-même les conditions de son développement, en combinant coopération public-privé, rigueur institutionnelle et affirmation de sa souveraineté économique.

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