Réélu avec 76,15 %, le président centrafricain s’appuie sur les gains sécuritaires et un réalignement stratégique vers la Russie pour inscrire son troisième mandat dans la durée.
Une victoire sans surprise pour le président sortant, au pouvoir depuis 2016, mais lourde d’enjeux politiques, sécuritaires et géostratégiques pour ce pays enclavé au cœur de l’Afrique centrale. Ce scrutin s’inscrit dans un cadre institutionnel profondément remanié.
Le référendum constitutionnel de 2023 a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels et porté leur durée à sept ans, ouvrant la voie à cette nouvelle candidature. À 68 ans, l’ancien professeur de mathématiques consolide ainsi un pouvoir déjà fortement centralisé.
La sécurité comme socle de légitimation
La campagne de Faustin-Archange Touadéra a été largement construite autour du thème de la restauration de la sécurité, un argument décisif dans un pays marqué par plus d’une décennie de conflits armés. Le chef de l’État met en avant la reconquête de vastes territoires auparavant contrôlés par des groupes rebelles et la signature d’accords de paix locaux.
Ces résultats sont étroitement liés à ses alliances sécuritaires non conventionnelles, notamment avec des contractants russes issus de la restructuration du groupe Wagner, ainsi qu’avec des forces rwandaises déployées en appui à l’armée centrafricaine. Cette architecture sécuritaire hybride a profondément modifié l’équilibre des forces sur le terrain, marginalisant les groupes armés les plus structurés.
Une recomposition géostratégique assumée
Au-delà de la sécurité intérieure, la réélection de Touadéra consacre le basculement stratégique de Bangui vers de nouveaux partenaires. La Russie s’est imposée comme un acteur central en RCA, renforçant son influence dans un pays doté de ressources stratégiques majeures : or, diamants, lithium et uranium.
Cet accès privilégié aux ressources minières confère à Moscou un levier géoéconomique dans une région où les puissances occidentales ont vu leur présence se réduire. Pour la Centrafrique, ce partenariat est présenté par le pouvoir comme un échange pragmatique : sécurité et soutien politique contre concessions économiques.
Une légitimité électorale contestée
Sur le plan politique, le scrutin s’est déroulé globalement dans le calme, selon les observateurs internationaux, notamment l’Union africaine et la MINUSCA, malgré une insécurité persistante dans certaines zones de l’est du pays. Toutefois, cette apparente stabilité masque des fractures démocratiques profondes.
La principale coalition d’opposition, le Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC), a boycotté l’élection, dénonçant un processus jugé inéquitable. D’autres figures de l’opposition, dont Anicet-Georges Dologuélé et Henri-Marie Dondra, ont évoqué des restrictions de campagne et des entraves aux déplacements en province.
Perspectives régionales et enjeux à venir
À court terme, la validation des résultats par la Cour constitutionnelle, attendue d’ici le 20 janvier, sera déterminante pour la stabilité politique. À moyen terme, le défi pour Touadéra consistera à transformer les gains sécuritaires en reprise économique durable, dans un pays classé parmi les plus pauvres du monde.
La Centrafrique apparaît plus que jamais comme un laboratoire géopolitique en Afrique centrale, où s’entremêlent enjeux de souveraineté, compétition des puissances et quête de stabilité. La reconduction de Touadéra prolonge cette trajectoire singulière, au prix d’un isolement diplomatique relatif vis-à-vis de certains partenaires traditionnels, mais avec l’ambition affichée d’un État enfin pacifié.