Routes camerounaises : le pari stratégique de Paul Biya face à l’urgence infrastructurelle

Dans son discours de vœux à la nation du 31 décembre 2025, le président de la République, Paul Biya, a annoncé la mise en œuvre « dès cette année » d’un programme spécial de réhabilitation des axes routiers dégradés, intégrant également la construction de nouvelles routes.

Dans son discours de vœux à la nation du 31 décembre 2025, le président de la République, Paul Biya, a annoncé la mise en œuvre « dès cette année » d’un programme spécial de réhabilitation des axes routiers dégradés, intégrant également la construction de nouvelles routes.

Une déclaration à forte portée politique et stratégique, tant l’état du réseau routier constitue aujourd’hui l’un des principaux goulets d’étranglement du développement économique camerounais.

Selon le chef de l’État, ce programme vise à « améliorer la mobilité urbaine et interurbaine, ainsi que l’accès aux bassins de production ». Derrière cette formulation, se dessine un enjeu central : désenclaver l’économie, fluidifier les échanges internes et renforcer l’intégration des territoires productifs aux marchés nationaux et régionaux.

Un réseau routier en état critique

Les chiffres du ministère des Travaux publics confirment l’ampleur du défi. Sur plus de 121 000 km de routes que compte le Cameroun, près de 75 % (91 404,7 km) sont jugés en état médiocre ou mauvais. Seuls 25 % du réseau sont considérés comme étant en bon ou moyen état. Cette dégradation chronique a un impact direct sur la compétitivité du pays : hausse des coûts logistiques, allongement des délais de transport, insécurité routière accrue.

L’axe Yaoundé–Douala, colonne vertébrale économique du pays, en est l’illustration la plus emblématique. Parcourir les 230 km reliant la capitale politique à la capitale économique nécessite désormais 5 à 6 heures, un temps de trajet incompatible avec les standards d’une économie émergente. D’autres corridors stratégiques, tels que Édéa–Kribi, Garoua–Ngaoundéré ou Douala–Bafoussam, figurent également parmi les plus dégradés.

Un bilan 2025 en demi-teinte

En 2025, l’État camerounais a bitumé 384 km de routes, alors que l’objectif annuel était fixé à 754 km. Un résultat qui traduit à la fois les contraintes financières, les lourdeurs d’exécution et les difficultés de gouvernance du secteur. Le Fonds routier estimait pourtant à 1 097 milliards de F CFA les besoins annuels pour l’entretien du réseau national, contre seulement 100 milliards de F CFA effectivement programmés.

Ce déséquilibre structurel entre besoins et ressources pose la question centrale du financement du nouveau programme présidentiel. Sans mécanismes innovants et sans mobilisation accrue des partenaires techniques et financiers, l’initiative risque de se heurter aux mêmes limites que les précédentes.

Une dimension géostratégique assumée

Dans cette perspective, le recours aux partenaires étrangers apparaît probable. Lors de sa visite officielle à Pékin le 4 septembre 2024, Paul Biya avait déjà appelé à une intensification des investissements chinois dans les infrastructures routières. Ce positionnement s’inscrit dans une logique géostratégique : renforcer les infrastructures pour consolider le rôle du Cameroun comme hub logistique de l’Afrique centrale, au cœur des échanges CEMAC et du corridor sous-régional.

Au-delà des routes, c’est la capacité de l’État à traduire une volonté politique forte en résultats tangibles qui sera scrutée. Le programme spécial annoncé en 2026 pourrait ainsi devenir un test majeur de crédibilité économique et de gouvernance, à un moment où les attentes sociales et productives sont particulièrement élevées.

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