L’année 2026 s’impose comme une séquence politique déterminante au Cameroun, avec la probable organisation simultanée des élections législatives et municipales.
Initialement prévues pour février 2025, ces consultations ont été reportées à la suite de deux prorogations successives des mandats électifs, décidées par l’exécutif, reconfigurant en profondeur le calendrier institutionnel du pays.
Par décret du 24 juillet 2024, le président de la République a prorogé jusqu’au 31 mai 2026 le mandat des conseillers municipaux, dont l’échéance arrivait à terme en février 2025.
Quelques mois plus tard, après consultation des bureaux des deux chambres du Parlement, le mandat des 180 députés a également été prolongé jusqu’au 30 mars 2026. Ces décisions s’inscrivent dans les prérogatives constitutionnelles du chef de l’État, conçues pour garantir la continuité de l’action publique en cas de nécessité.
Toutefois, le cadre juridique n’offre pas la même latitude pour les deux scrutins. Si la prorogation du mandat des députés n’est pas expressément plafonnée par la loi, celle des conseillers municipaux est strictement encadrée par l’article 179 du code électoral, qui limite la durée cumulée de prorogation à 18 mois.
Or, la prolongation décidée en juillet 2024 couvre déjà 15 mois. En conséquence, une marge maximale de trois mois subsiste, rendant l’organisation des élections municipales juridiquement incontournable en 2026.
Deux scénarios principaux se dessinent. En l’absence de nouvelle prorogation, l’obligation de convoquer le corps électoral au plus tard vingt jours avant la fin des mandats conduirait à un scrutin organisé le dimanche 10 mai 2026.
En cas d’utilisation de la marge résiduelle de trois mois prévue par la loi, les municipales pourraient être repoussées au dimanche 10 août 2026.
Au-delà de cette date, toute prorogation supplémentaire exposerait le processus à des contestations juridiques et politiques accrues.
La pratique institutionnelle camerounaise, qui a historiquement privilégié l’organisation conjointe des élections législatives et municipales, renforce l’hypothèse d’un couplage des deux scrutins.
Dans cette perspective, les législatives devraient s’aligner sur le calendrier des municipales, concentrant ainsi l’ensemble du renouvellement électoral national sur une même échéance, en mai ou en août 2026.
Sur le plan politique, ces élections interviendront dans un contexte marqué par une recomposition progressive des forces partisanes, une pression sociale persistante sur les questions de gouvernance locale et de représentation, ainsi qu’une attente forte en matière de transparence électorale.
Pour les autorités, l’enjeu consiste à préserver l’équilibre entre stabilité institutionnelle et respect du cadre légal, dans un environnement régional et international où la question des processus électoraux demeure hautement sensible.
À l’échelle internationale, l’attention portée à ces scrutins dépasse le strict cadre camerounais. Dans une Afrique centrale confrontée à des transitions politiques parfois heurtées, le déroulement des élections de 2026 sera perçu comme un indicateur de la capacité du Cameroun à gérer des ajustements institutionnels sans rupture.
Plus largement, il s’agira d’un test de crédibilité pour l’État camerounais, tant vis-à-vis de ses partenaires extérieurs que de son opinion publique, à un moment où la stabilité politique reste un atout stratégique majeur dans une région fragilisée.