Avec une flotte en expansion et une stratégie de cabotage ambitieuse, l’entreprise camerounaise veut redéfinir la logistique maritime et s’imposer comme leader du transport conteneurisé en Afrique centrale.
La société camerounaise Gulfcam accélère sa stratégie de conquête du transport maritime régional. Le 6 mars 2026, à Douala, son président Jean Perrial Nyodog a annoncé un plan d’expansion visant l’acquisition de six navires destinés à développer le cabotage maritime entre les ports de Port de Kribi et Port de Douala.
L’ambition de l’entreprise est claire : contrôler à terme près de 50 % du fret conteneurisé entre les deux villes, aujourd’hui transporté à plus de 60 % par la route, malgré un réseau routier fortement dégradé.
Pour Jean Perrial Nyodog, cette transformation logistique est inévitable : « L’avenir du transport de marchandises au Cameroun passe par la mer. Le cabotage permettra de réduire les coûts logistiques, d’accélérer les délais de livraison et de sécuriser les flux commerciaux ».
Une réponse aux limites structurelles du transport routier
Le développement du cabotage maritime répond à un problème structurel du transport au Cameroun : la saturation et la dégradation du réseau routier entre Douala et Kribi. Aujourd’hui, les convois de camions transportant des conteneurs mettent parfois plusieurs jours pour parcourir les environ 150 kilomètres reliant les deux ports, en raison : de l’état des infrastructures, des embouteillages logistiques, des contrôles routiers multiples, des risques d’insécurité.
À l’inverse, un navire de cabotage peut transporter plus de 1 000 conteneurs en un seul voyage, soit l’équivalent de plus de 1 000 camions. Cette différence de volume constitue un avantage décisif dans une économie où le commerce maritime représente plus de 80 % des échanges internationaux.
Kribi, la nouvelle porte d’entrée maritime du Cameroun
La montée en puissance du port en eau profonde de Kribi change profondément la géographie du commerce maritime camerounais. Contrairement au port de Douala, limité par un tirant d’eau d’environ 7 à 8 mètres, Kribi peut accueillir de grands porte-conteneurs internationaux. Dans ce modèle logistique, les grands navires accostent à Kribi ; les conteneurs sont déchargés ; des navires de cabotage redistribuent les marchandises vers Douala.
Pour relancer ce système, Gulfcam a affrété le navire Atlantic Runner II. Le cargo présente des caractéristiques adaptées au cabotage régional : 1 100 conteneurs EVP de capacité, 180 mètres de long, 4 grues embarquées, 25 membres d’équipage, vitesse de 18 nœuds Stationné depuis le 27 février 2026 à Kribi, il a entamé ses premières rotations commerciales.
Une stratégie d’intelligence économique
Le projet de Gulfcam dépasse la simple activité logistique. Il s’inscrit dans une stratégie d’intelligence économique maritime, visant à renforcer la présence d’un opérateur national dans un secteur largement dominé par des compagnies internationales.
L’entreprise est née en 2021 de la fusion entre : Gulfin et Camship-CLGG. Cette fusion a permis de consolider les capacités financières et opérationnelles de la nouvelle entité. Selon Jean Perrial Nyodog : « Notre ambition est de construire un champion national capable de rivaliser avec les grands opérateurs internationaux et de soutenir la souveraineté logistique du Cameroun ».
Une concurrence internationale dominante
Le marché du transport maritime en Afrique centrale reste dominé par de grands groupes internationaux tels que : MSC Mediterranean Shipping Company, Maersk, CMA CGM. Ces armateurs contrôlent l’essentiel des lignes intercontinentales. Cependant, le cabotage régional reste encore un segment relativement peu structuré, offrant des opportunités pour des acteurs locaux.
Un enjeu régional pour l’Afrique centrale
La transformation du transport maritime camerounais dépasse les frontières nationales. Le Cameroun constitue un corridor stratégique pour plusieurs pays enclavés. Les ports de Douala et Kribi desservent notamment le Tchad, la République centrafricaine. Un système logistique plus fluide pourrait donc renforcer l’intégration commerciale de toute l’Afrique centrale.
L’argument environnemental
Le cabotage maritime présente également un avantage environnemental non négligeable. Selon plusieurs études logistiques internationales, le transport maritime émet jusqu’à cinq fois moins de CO₂ par tonne transportée que le transport routier.
Pour Gulfcam, cette dimension devient stratégique dans un contexte où les ports et les opérateurs logistiques doivent répondre à des exigences environnementales de plus en plus strictes. « La logistique maritime est aujourd’hui l’une des solutions les plus efficaces pour concilier croissance économique et protection de l’environnement », affirme Jean Perrial Nyodog.
Des perspectives financières importantes
Si le projet atteint ses objectifs, le cabotage entre Kribi et Douala pourrait générer plusieurs dizaines de millions de dollars de chiffre d’affaires annuel, des centaines d’emplois directs et indirects, une augmentation des recettes portuaires et fiscales. Avec l’acquisition progressive de six navires, Gulfcam espère consolider une flotte capable de soutenir une croissance durable du transport maritime régional.
Pour son président, la vision est claire : « Nous voulons faire de Gulfcam un acteur incontournable du transport maritime en Afrique centrale et contribuer à faire du Cameroun un hub logistique majeur sur la façade atlantique ». Si la stratégie réussit, Gulfcam pourrait devenir l’un des premiers opérateurs africains de cabotage, à un moment où la transformation logistique du continent devient un enjeu majeur de souveraineté économique.