Validé par le Parlement, le nouveau directeur général hérite d’un levier clé de puissance économique et géopolitique, sous forte attente de l’Afrique centrale.
La nomination de Christophe Lecourtier à la tête de l’Agence française de développement (AFD), entérinée en Conseil des ministres sous l’autorité du président français Emmanuel Macron, marque une inflexion stratégique dans la politique française de développement.
Validée par le Parlement français après un vote de 52 voix favorables contre 21 défavorables, cette nomination confirme le rôle central de l’AFD dans la projection d’influence économique et diplomatique de la France.
À l’Assemblée nationale, 29 députés sur 42 votants ont soutenu la désignation, illustrant un consensus relatif mais aussi des interrogations sur les priorités futures. « Une période de défis majeurs », a résumé Rémy Rioux, qui a dirigé l’institution pendant près de dix ans et appelle à « poursuivre la transformation dans un monde plus instable ».
Avec une prise de fonctions prévue le 11 mai 2026, Christophe Lecourtier prend les rênes d’un groupe présent dans plus de 160 pays et engagé dans plus de 4 000 projets liés aux Objectifs de développement durable. L’AFD constitue aujourd’hui un pilier de la diplomatie économique française, combinant financements publics, investissements privés via Proparco et expertise technique avec Expertise France.
Son profil, ancien directeur de Business France et ambassadeur au Maroc, traduit une volonté de renforcer l’articulation entre diplomatie et attractivité économique. Dans un contexte de rivalité accrue avec la Chine, la Turquie ou la Russie, l’AFD devient un instrument clé pour maintenir l’influence française, notamment en Afrique, où elle mobilise chaque année plusieurs milliards d’euros.
Mais c’est en Afrique centrale que les attentes apparaissent les plus fortes. Dans des pays comme le Cameroun, le Congo, la République démocratique du Congo ou le Gabon, les besoins en infrastructures, en énergie et en financement climatique sont considérables. La région, riche en ressources naturelles forêts du bassin du Congo, minerais stratégiques, est devenue un espace de compétition géoéconomique intense.
Les attentes portent sur plusieurs axes : un accès accru aux financements pour les projets structurants, une meilleure prise en compte des priorités locales, et un soutien renforcé aux économies productives. « L’enjeu n’est plus seulement l’aide, mais l’investissement et le partenariat », souligne un expert africain du développement.
Dans cette optique, l’AFD est attendue sur sa capacité à catalyser des financements privés et à accompagner la transformation industrielle.
La question climatique est également centrale. Le bassin du Congo, deuxième poumon forestier mondial, représente un enjeu stratégique global. Les États de la région attendent des financements plus ambitieux pour la préservation de la biodiversité, mais aussi des mécanismes de compensation équitables.
Enfin, sur le plan politique, les partenaires d’Afrique centrale observent attentivement si cette nouvelle direction marquera une évolution dans la relation avec la France, souvent critiquée pour son approche perçue comme descendante. La crédibilité de l’AFD dépendra de sa capacité à incarner un partenariat plus équilibré, fondé sur la co-construction.
Ainsi, la nomination de Christophe Lecourtier intervient à un moment charnière. Entre exigences de performance économique, rivalités internationales et attentes croissantes des partenaires africains, l’AFD se trouve au cœur d’un redéploiement stratégique majeur, où se joue une partie de l’influence française au XXIe siècle.