Deux mois après la disparition du maire Mbei Njé, la commune d’arrondissement d’Edéa II tient son nouvel exécutif.
Porté par un consensus politique inédit et une discipline saluée, Sylvain Ndig hérite d’une mairie sous pression, sommée de répondre à de lourdes urgences financières et sociales dans un temps particulièrement contraint.
La salle des actes de la mairie d’Edéa II n’avait jamais semblé aussi exiguë. En ce mardi 21 avril 2026, conseillers municipaux, autorités administratives, élites et populations s’y sont entassés pour écrire une nouvelle page de la vie politique locale. Deux mois après le décès du maire Mbei Njé, l’heure était venue de lui désigner un successeur.
Sous la présidence du préfet du département de la Sanaga Maritime, Cyrille Ivan Abondo, représentant de l’État, la session de plein droit s’est ouverte dans une atmosphère à la fois solennelle et chargée d’attentes. À la manœuvre, la doyenne d’âge du conseil municipal, Mme Makasso Agnès, conduit les travaux avec une maîtrise saluée par l’ensemble des participants.
Très vite, le décor est planté. Un seul nom circule. Une seule candidature est retenue : celle de Sylvain Ndig, premier adjoint au maire défunt, adoubé par la coordination départementale du RDPC. Dans une commune souvent marquée par des rivalités internes, ce choix unique apparaît comme une rupture notable.
Le verdict tombe sans surprise : 19 voix pour, zéro contre. Un plébiscite. Dans la foulée, le duo Etonde Ekollo Henri Gaston et Ngo Logmo Jeanne est élu respectivement premier et deuxième adjoint au maire, sur le même score sans appel. Au-delà des résultats, c’est un signal politique fort qui se dégage de cette session.
La non-multiplication des candidatures et le respect strict des consignes du RDPC constituent une première victoire pour le parti dans cette section d’Edéa II, longtemps perçue comme fragilisée, en perte de repères et d’influence depuis plusieurs mois. Une démonstration de discipline qui tranche avec les divisions passées.
Dans la salle, les applaudissements sont nourris, mais les visages restent concentrés. Car si l’élection est acquise, les défis, eux, sont immenses. Prenant la parole à l’issue du scrutin, le préfet n’a pas tardé à ramener le nouveau maire à la réalité : le temps est compté. Le mandat s’achève en décembre prochain, et les urgences s’accumulent.
En priorité, doter la commune d’un budget. Cela implique l’organisation, dans les plus brefs délais, d’une session d’orientation budgétaire suivie de la session budgétaire proprement dite, ainsi que la tenue de la session des comptes pour l’exercice 2025.
Mais le dossier le plus sensible reste celui des finances et des salaires du personnel qui revendique jusqu’à 24 mois d’arriérés de salaires. Une situation particulièrement préoccupante. Le préfet a été formel : paiement intégral des salaires, apurement de la dette municipale et restauration de la confiance doivent constituer le socle de l’action du nouvel exécutif.
Autre échéance majeure : la contractualisation de tous les marchés municipaux au plus tard le 30 mai 2026. Une exigence de transparence et de rigueur dans un contexte où la gouvernance passée a laissé des traces.
Dans un ton à la fois ferme et empreint de pédagogie, l’autorité administrative a insisté sur la nécessité d’instaurer un climat de travail apaisé. Collaboration étroite avec le secrétaire général et le receveur municipal, promotion de l’esprit d’équipe, écoute des doléances du personnel : autant de leviers que Sylvain Ndig devra activer sans délai.
« Il n’y a eu ni vainqueur ni vaincu. Vous êtes désormais le maire de tous », a martelé le préfet, appelant à dépasser les clivages.
Parmi les priorités, figure également l’organisation des obsèques du maire défunt, prévues à la fin du mois de mai. Un moment hautement symbolique pour une commune encore marquée par la disparition de celui qui en fut à la fois le leader politique et une figure de référence.
La cérémonie s’est déroulée en présence de plusieurs personnalités, parmi lesquelles le Pr Etamé, directeur de l’IUT de Douala, le maire de la ville d’Edéa, Dr Emmanuel Nlend, et le conseiller régional Kutta Ndooh Henri. Tous ont assisté à une transition que le préfet a qualifiée de « maîtrisée ».
Satisfait du déroulement du scrutin, Cyrille Ivan Abondo a salué la conduite des travaux par la doyenne d’âge, tout en exprimant sa gratitude à la coordination départementale du RDPC pour « son sens de l’anticipation, de l’organisation et de la discipline », qui a permis d’éviter des joutes inutiles.
Les conseillers municipaux ont également été félicités pour leur sens de responsabilité et leur capacité à « regarder dans la même direction », laissant espérer une fin de mandat dans la sérénité.
Reste désormais à transformer cet élan d’unité en résultats concrets. À Edéa II, l’heure n’est plus aux discours, mais à l’action et pour Sylvain Ndig, le compte à rebours a déjà commencé.
Simon Emmanuel Minyem