Lancé officiellement le 1er juin 2026 à Yaoundé, le Projet d’appui à la promotion de l’entrepreneuriat et à l’amélioration des compétences en soutien à l’industrialisation (PEAC) mobilise 42,6 milliards de FCFA, principalement financés par la Banque africaine de développement.
À travers la création de centres de formation, le soutien à l’entrepreneuriat et l’insertion professionnelle des jeunes, le gouvernement entend faire du développement du capital humain un levier de transformation économique.
Au-delà des infrastructures annoncées, le défi sera de convertir cet investissement en emplois durables, en entreprises viables et en gains de productivité pour l’économie camerounaise.
Miser sur le capital humain pour accélérer l’industrialisation
Depuis plusieurs années, l’inadéquation entre les formations dispensées et les besoins des entreprises constitue un frein à l’industrialisation du Cameroun. Alors que le pays cherche à développer davantage ses chaînes de valeur, les employeurs peinent souvent à recruter des profils adaptés.
Le PEAC entend réduire ce décalage en orientant les formations vers des secteurs stratégiques : BTP, transports, énergie, agro-industrie, métiers verts et technologies de l’information et de la communication.
Le programme couvrira les régions du Centre, du Littoral, du Sud, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, avec une attention particulière aux jeunes et aux femmes. Cette approche traduit une volonté de rapprocher davantage la formation professionnelle des réalités du marché du travail.
Des infrastructures pour renforcer l’offre de formation
Le projet prévoit la construction de trois centres de formation aux métiers de pointe à Akonolinga, Kousseri et Kribi, d’un village des métiers à Soa ainsi que du Centre national de certification et de qualification à Yaoundé.
À ces réalisations s’ajouteront la réhabilitation et l’équipement de plusieurs établissements publics et privés. L’objectif est de moderniser l’offre de formation et de mieux préparer les apprenants aux besoins des entreprises et aux évolutions technologiques.
Ces investissements devraient également générer une activité économique locale à travers les travaux, les marchés d’équipements et les services associés.
L’emploi au cœur du dispositif
Le principal enjeu du PEAC demeure son impact sur l’emploi. Le programme prévoit l’immersion en entreprise de 1 500 élèves en fin de cycle, l’insertion de 500 jeunes primo-demandeurs d’emploi et l’accompagnement de 1 225 jeunes dans neuf incubateurs.
Le financement direct de près de 1 000 projets entrepreneuriaux constitue également un axe majeur. Dans un contexte où le secteur formel absorbe difficilement les nouveaux entrants sur le marché du travail, l’entrepreneuriat apparaît comme un levier essentiel de création de richesses et d’emplois.
Les autorités espèrent ainsi favoriser l’émergence d’un tissu de PME capables de soutenir la transformation économique du pays.
Un levier pour l’autonomisation des femmes
Le PEAC intègre une dimension sociale importante à travers l’accompagnement de 500 projets environnementaux portés par des femmes.
Cette orientation vise à renforcer l’inclusion économique féminine tout en soutenant des activités compatibles avec les impératifs de transition écologique. Dans plusieurs territoires, ces initiatives pourraient contribuer à la diversification des revenus et à la réduction de la pauvreté.
Le secteur privé appelé à jouer un rôle décisif
L’une des spécificités du projet réside dans la place accordée au secteur privé. Celui-ci devrait participer à la gestion de certains centres de formation, bénéficier d’un Fonds de développement de la formation professionnelle et contribuer au financement d’initiatives entrepreneuriales.
Cette implication est essentielle pour garantir l’adéquation entre les compétences développées et les besoins des entreprises, tout en renforçant l’employabilité des bénéficiaires.
Des retombées socio-économiques attendues
Selon les projections de la Banque africaine de développement, le projet pourrait contribuer à la création de 28 000 emplois supplémentaires d’ici à 2050. Au-delà de cet objectif, une main-d’œuvre mieux qualifiée devrait améliorer la productivité des entreprises, renforcer leur compétitivité et favoriser l’émergence de nouvelles activités économiques.
Le développement de l’entrepreneuriat pourrait également stimuler l’innovation, élargir l’assiette fiscale et renforcer la résilience des économies locales. À terme, le PEAC pourrait contribuer à accélérer la transformation structurelle de l’économie camerounaise, au cœur de la Stratégie nationale de développement 2020-2030.
Le défi de l’exécution
L’ampleur des ambitions affichées contraste toutefois avec les défis de mise en œuvre. La crédibilité du PEAC reposera moins sur les infrastructures réalisées que sur les résultats obtenus en matière de formation, d’insertion professionnelle et de création d’entreprises viables.
La gouvernance du projet, le suivi des bénéficiaires et l’implication durable du secteur privé constitueront les principaux indicateurs de réussite. Car derrière les 42,6 milliards de FCFA engagés se joue une question centrale : faire du capital humain un véritable moteur d’industrialisation, d’emploi et de prospérité partagée.