Avec plus de 646 milliards de FCFA mobilisés, Washington investit dans bien plus qu’une route : un corridor de puissance appelé à renforcer l’intégration régionale, la compétitivité logistique et l’attractivité économique de la CEMAC.
Longtemps considéré comme un simple axe routier reliant le Cameroun à la République centrafricaine (RCA), le corridor Douala-Bangui s’impose désormais comme l’un des principaux enjeux géoéconomiques d’Afrique centrale.
En approuvant un financement de 1,12 milliard de dollars (environ 646,9 milliards de FCFA) pour sa transformation, le Conseil d’administration de la Banque mondiale envoie un signal fort : la compétitivité de la région dépendra désormais autant de ses infrastructures que de ses ressources naturelles.
Cette opération dépasse largement la réhabilitation de quelques centaines de kilomètres de routes. Elle traduit une nouvelle approche du développement régional, où les corridors logistiques deviennent des instruments de souveraineté économique, d’intégration commerciale et de projection d’influence.
La première phase du programme, dotée de 525 millions de dollars, prévoit notamment la reconstruction de l’axe Yaoundé-Edéa, la modernisation de la route Yaoundé-Ayos-Bonis-Garoua-Boulaï, la création de centres logistiques, l’installation de postes de contrôle de charge à l’essieu ainsi que des réformes destinées à fluidifier les échanges commerciaux entre le Cameroun, la RCA et l’ensemble de la CEMAC.
Une bataille mondiale pour les corridors africains
Dans un contexte marqué par la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les grands corridors sont devenus des actifs stratégiques. Banque mondiale, Banque africaine de développement, Chine, Union européenne et institutions régionales multiplient les investissements afin de sécuriser les principaux axes commerciaux du continent.
L’objectif est double : réduire les coûts logistiques, qui demeurent parmi les plus élevés au monde, tout en accompagnant la montée en puissance des chaînes de valeur africaines.
Pour la Banque mondiale, le corridor Douala-Bangui représente l’un des leviers les plus efficaces pour renforcer l’intégration économique de l’Afrique centrale, région qui reste l’une des moins intégrées du continent malgré un potentiel considérable.
Le Cameroun consolide son statut de hub régional
Pour le Cameroun, principal bénéficiaire du financement avec 425 millions de dollars, ce projet revêt une importance particulière. Le port en eau profonde de Kribi, le port de Douala et les infrastructures routières nationales constituent les portes d’entrée naturelles des marchandises destinées aux pays enclavés de la sous-région.
Plus de 80 % du commerce extérieur centrafricain transite par cet axe de plus de 1 400 kilomètres. Pourtant, la compétitivité du corridor reste pénalisée par des routes dégradées, des délais pouvant atteindre douze jours, des coûts de transport supérieurs à 270 dollars par tonne, ainsi que la multiplication des postes de contrôle et des paiements informels.
La modernisation annoncée pourrait profondément modifier cette équation. En réduisant les délais, les coûts logistiques et les obstacles administratifs, le Cameroun renforcerait son positionnement comme plateforme logistique régionale au service de la CEMAC.
Au-delà des routes, une réforme de la gouvernance
L’originalité du programme réside également dans son approche globale. La Banque mondiale ne finance pas uniquement des infrastructures ; elle accompagne des réformes de la gouvernance du transport, de la facilitation des échanges et de l’entretien routier.
Selon Cheick Kanté, directeur de division à la Banque mondiale, cette stratégie vise à lever les principaux freins à la compétitivité régionale, notamment les contrôles excessifs, les paiements informels et les insuffisances institutionnelles qui renchérissent le coût du commerce.
Le projet devrait également générer entre 2 000 et 4 000 emplois directs et indirects, tout en stimulant les investissements privés dans les plateformes logistiques, l’industrie et les services.
Dans une économie mondiale où les chaînes d’approvisionnement deviennent un facteur de puissance, le corridor Douala-Bangui apparaît ainsi comme bien davantage qu’une infrastructure de transport.
Il devient un levier stratégique capable de repositionner l’Afrique centrale dans les flux commerciaux continentaux et internationaux, à condition que les réformes de gouvernance accompagnent durablement les investissements annoncés.