En portant à 340 milliards de FCFA les subventions aux produits pétroliers et à l’électricité prévues pour 2027, le gouvernement camerounais confirme son choix de préserver la stabilité sociale, malgré les recommandations du Fonds monétaire international (FMI).
Le choix du gouvernement camerounais intervient alors que les finances publiques restent sous pression, que les recettes pétrolières s’érodent et que l’arrêt de la Sonara continue de renchérir les importations de carburants.
Le choix de la stabilité
Le Cameroun ne semble pas prêt à libéraliser les prix des carburants. Alors que le FMI préconise l’instauration d’un mécanisme de tarification automatique pour rapprocher les prix à la pompe des cours internationaux, Yaoundé a choisi de maintenir un niveau élevé de subventions.
Le projet de budget 2027 prévoit ainsi une enveloppe de 340 milliards de FCFA pour soutenir les prix des carburants et de l’électricité, soit 30 milliards de plus que l’année précédente. Ce choix traduit un arbitrage clair : privilégier la paix sociale dans un contexte où une hausse des prix des carburants se répercuterait rapidement sur les coûts du transport, des denrées alimentaires et, plus largement, sur le pouvoir d’achat des ménages.
Le souvenir des émeutes de février 2008, déclenchées notamment par la vie chère, demeure un facteur de prudence pour les pouvoirs publics. Dans un environnement économique marqué par une inflation persistante et un chômage élevé, une hausse brutale des prix à la pompe pourrait raviver des tensions sociales.
Des marges budgétaires limitées
Cette politique intervient pourtant à un moment où les finances publiques connaissent d’importantes tensions de trésorerie. L’État doit faire face à des besoins de financement croissants, entre le service de la dette, les investissements publics, les dépenses sécuritaires et les engagements sociaux.
Dans ce contexte, maintenir des subventions aussi importantes réduit les marges de manœuvre budgétaires. Les ressources mobilisées pour contenir les prix de l’énergie ne pourront pas être affectées à d’autres priorités comme les infrastructures, la santé ou l’éducation.
Le gouvernement semble néanmoins considérer que le coût budgétaire des subventions reste inférieur au coût économique et politique qu’entraînerait une flambée des prix des carburants.
La baisse des recettes pétrolières complique l’équation
L’équation est d’autant plus complexe que les recettes pétrolières du Cameroun suivent une tendance baissière. La production nationale recule progressivement avec le vieillissement de plusieurs champs, réduisant les revenus tirés des exportations de pétrole brut. Autrefois importante source de financement du budget de l’État, la rente pétrolière offre désormais des marges beaucoup plus limitées.
Cette diminution intervient alors même que les dépenses de soutien aux carburants continuent d’augmenter. Le paradoxe est donc réel : les recettes issues du pétrole diminuent tandis que les dépenses destinées à maintenir des prix abordables à la pompe progressent.
La Sonara, un facteur de vulnérabilité
À cette baisse des recettes s’ajoute l’arrêt prolongé des capacités de raffinage de la Sonara. Depuis le sinistre ayant détruit une partie de ses installations, le Cameroun importe l’essentiel des produits pétroliers consommés sur son territoire. Cette dépendance expose directement le pays aux fluctuations des cours internationaux et aux tensions géopolitiques.
Dans ces conditions, les subventions constituent le principal mécanisme permettant d’amortir les hausses de prix pour les consommateurs. La relance de la Sonara apparaît ainsi comme un enjeu majeur. Tant que le pays ne retrouvera pas une capacité nationale de raffinage, il restera fortement dépendant des marchés internationaux.
Un équilibre fragile
Le maintien des subventions traduit finalement un arbitrage entre rigueur budgétaire et stabilité sociale. Si cette stratégie permet de préserver le pouvoir d’achat à court terme, elle pèse davantage sur des finances publiques déjà contraintes.
À moyen terme, le gouvernement devra trouver un équilibre entre les exigences de soutenabilité budgétaire défendues par le FMI et la nécessité de protéger les populations contre les effets d’une hausse du coût de la vie.
Dans un contexte marqué par la baisse de la production pétrolière, l’érosion des recettes budgétaires et les incertitudes de l’économie mondiale, cet équilibre s’annonce de plus en plus difficile à maintenir.