Au-delà des transferts de fonds, les premières Assises d’EFRACAM traduisent une mutation stratégique : la diaspora entend devenir un acteur de gouvernance, d’investissement et de diplomatie économique au service des territoires camerounais.
Le Cameroun découvre progressivement que sa diaspora constitue bien davantage qu’une source de transferts financiers. Avec 652 milliards de FCFA envoyés en 2024, selon le ministère des Finances, les Camerounais établis à l’étranger confirment leur place parmi les premiers investisseurs informels du pays.
Ce montant dépasse les budgets annuels de plusieurs ministères et illustre le poids grandissant d’un capital humain, financier et relationnel devenu incontournable pour le développement national.
C’est dans cette dynamique que s’inscrivent les premières Assises de l’Association des Élus Politiques et Professionnels en France d’origine ou de nationalité camerounaise (EFRACAM), organisées du 8 au 12 juillet 2026 à Yaoundé sous le haut patronage du Président de la République, Paul Biya.
Placées sous le thème « La contribution des élus de la diaspora pour le développement durable des territoires », elles traduisent une évolution majeure : la diaspora ne souhaite plus seulement soutenir les familles, mais participer à la transformation économique des collectivités locales.
Dans un contexte où près de 40 % des Camerounais vivent sous le seuil de pauvreté et où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, la mobilisation des compétences de la diaspora apparaît comme un levier stratégique.
Les défis du financement des infrastructures, de l’emploi des jeunes, de la formation professionnelle ou encore de la gouvernance locale nécessitent des ressources que l’État ne peut mobiliser seul.
Depuis sa création en 2015, EFRACAM s’est imposée comme une plateforme de coopération réunissant plus d’une centaine d’élus, de cadres et de professionnels camerounais établis en France. Son ambition est désormais d’aller au-delà des initiatives ponctuelles pour structurer une véritable diplomatie économique des territoires.
« La première attente, c’est d’abord la mobilisation des territoires, la mobilisation de nos collègues élus pour co-construire avec EFRACAM un certain nombre de projets relatifs aux besoins essentiels des populations », explique son président, Pierre De Gaétan Njikam Mouliom.
Les Assises mettent ainsi l’accent sur des secteurs stratégiques : gouvernance locale, coopération décentralisée, entrepreneuriat, innovation, santé, sport, formation et attractivité économique. L’objectif est de créer des passerelles durables entre collectivités françaises et camerounaises afin de transformer les compétences de la diaspora en investissements productifs.
Cette approche répond à une tendance mondiale. Les diasporas sont désormais considérées comme des acteurs majeurs de la diplomatie économique. Elles facilitent les investissements, sécurisent les partenariats internationaux et renforcent l’attractivité des territoires grâce à leur double connaissance des environnements économiques.
L’annonce de futurs partenariats entre le Port de Bordeaux, le Port autonome de Douala et le Port autonome de Kribi illustre cette logique. Ces coopérations pourraient contribuer au développement de nouvelles chaînes logistiques, à l’amélioration des échanges commerciaux et au renforcement de la compétitivité du Cameroun en Afrique centrale.
Pour Samuel Honoré Mandengue, enseignant de physiologie des activités physiques et sportives, cette mobilisation représente une opportunité majeure : « Les Camerounais de la diaspora disposent aujourd’hui d’un poids financier et de réseaux capables de mobiliser des partenaires pour contribuer à la réalisation de projets au Cameroun. »
L’enjeu dépasse désormais les seuls transferts de fonds. Dans un environnement international marqué par la concurrence entre États pour attirer les investissements, les talents et les innovations, la diaspora camerounaise apparaît comme un véritable actif stratégique.
Si cette dynamique est durablement structurée, elle pourrait devenir l’un des principaux moteurs de la transformation économique du Cameroun, en reliant compétences, capitaux et coopération internationale au service d’un développement territorial plus inclusif et plus compétitif.