Au-delà des fonctions qu’il a exercées et des responsabilités qu’il a assumées, Jean-Paul Pigasse incarnait cette catégorie rare de bâtisseurs dont l’influence se mesure moins à la lumière des projecteurs qu’à la profondeur de leur empreinte.
Visionnaire, homme de réseaux, stratège de la communication internationale et ardent défenseur de l’Afrique centrale, il avait fait du rayonnement du bassin du Congo une véritable mission.
Bien avant que les enjeux climatiques ne deviennent une priorité mondiale, il avait compris que le deuxième poumon écologique de la planète constituait un levier majeur de puissance, de souveraineté et d’influence pour l’Afrique. À ses yeux, le bassin du Congo n’était pas seulement un patrimoine naturel exceptionnel ; il était un actif géopolitique de premier ordre, appelé à peser dans les grands équilibres internationaux du XXIᵉ siècle.
Cette conviction, Jean Paul Pigasse l’a portée avec constance à travers les différents outils éditoriaux qu’il avait contribué à bâtir. Avec l’Agence d’Information d’Afrique Centrale (ADIAC), Les Dépêches de Brazzaville, les Dépêches du Bassin du Congo, la revue Géopolitique africaine, l’espace « Livres et Auteurs du Bassin du Congo » à Paris.
Sans oublier les nombreuses éditions spéciales publiées à l’occasion des grands rendez-vous internationaux, Jean-Paul Pigasse avait créé dans le monde, bien davantage qu’un groupe de presse : il avait façonné une véritable plateforme d’influence intellectuelle et diplomatique au service de l’Afrique centrale.
À travers ces publications, il ne s’agissait jamais seulement de relater l’actualité. Il s’agissait d’accompagner les grandes ambitions de la sous-région, d’expliquer les mutations géopolitiques en cours, de valoriser les initiatives économiques, culturelles et environnementales, mais aussi de donner une voix à une Afrique centrale souvent absente des grands récits internationaux.
Cette vision prenait tout son sens lors des grands sommets consacrés au climat, à la biodiversité ou au développement durable. De Paris à Rio, en passant par Copenhague… des différentes Conférences des Parties (COP) aux forums internationaux sur les forêts tropicales, Jean-Paul Pigasse mettait toute la puissance de son dispositif éditorial au service de la visibilité des positions africaines.
Son engagement accompagnait notamment l’action du président Denis Sassou Nguesso, dont il suivait avec attention les initiatives en faveur de la préservation du bassin du Congo et de la reconnaissance de son rôle essentiel dans l’équilibre climatique mondial.
JPP savait que, dans les relations internationales contemporaines, l’influence ne se construit plus uniquement dans les enceintes diplomatiques. Elle se forge aussi dans les idées, les médias, les publications de référence, les livres et la capacité à imposer un récit.
À travers ses journaux, ses revues et ses ouvrages, il contribuait à inscrire durablement l’Afrique centrale dans les débats mondiaux, faisant de l’information un instrument de diplomatie et de la réflexion stratégique un levier de souveraineté.
C’est dans cet univers d’idées, de convictions et d’engagements que j’ai eu le privilège de le côtoyer pendant près de trois décennies. Nous échangions parfois jusqu’à 4h00, pour nous revoir physiquement à 9h00. JPP était attaché à la marche, il y sentait un irrépressible besoin quotidien.
Nos conversations, souvent prolongées bien au-delà des impératifs professionnels, m’ont permis de découvrir un homme d’une immense culture, d’une discrétion exemplaire et d’une remarquable capacité à relier les enjeux africains aux grandes transformations du monde.
Derrière chaque échange se dessinait une vision, derrière chaque confidence apparaissait une leçon de géopolitique, et derrière chaque anecdote se révélait un profond attachement à l’Afrique et à son destin.
Jean Paul Pigasse a tué la mort, car nous sommes ses héritiers.