La signature d’une lettre d’intention relative au camp Général de Gaulle, à l’occasion de la visite d’État du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema à Paris, marque un tournant dans les relations de défense entre la France et le Gabon.
Au-delà d’un accord militaire, elle consacre une évolution doctrinale où la souveraineté, la formation et la sécurité régionale remplacent progressivement les logiques de présence permanente héritées de l’histoire. En marge des entretiens entre les présidents Emmanuel Macron et Brice Clotaire Oligui Nguema, la ministre française des Armées, Catherine Vautrin, a reçu son homologue gabonaise, Brigitte Onkanowa, ministre d’État de la Défense nationale.
Les deux responsables ont signé une lettre d’intention portant sur l’avenir du camp Général de Gaulle, principal symbole de la coopération militaire franco-gabonaise depuis plusieurs décennies. Pour le ministère français des Armées, « la signature de cette lettre d’intention traduit une volonté commune d’ancrer la relation de défense franco-gabonaise vers une approche partenariale rénovée ».
Cette évolution s’inscrit dans la continuité des échanges engagés lors de la réunion du G7++ des Amis du golfe de Guinée, en avril dernier. Sur le plan géostratégique, cette décision dépasse largement le devenir d’une emprise militaire. Elle accompagne la profonde reconfiguration du dispositif français en Afrique.
Après les retraits successifs du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad, Paris privilégie désormais un modèle reposant sur la formation, le transfert de compétences, le renseignement, les opérations conjointes et l’accompagnement des armées nationales plutôt que sur le maintien de bases permanentes. Le camp Général de Gaulle illustre parfaitement cette mutation.
Depuis 2024, il fonctionne comme un pôle mixte de formation partagé entre les forces françaises et gabonaises. Son évolution future traduit la volonté commune de renforcer les capacités opérationnelles des Forces de défense gabonaises tout en affirmant pleinement la souveraineté du Gabon sur son territoire.
Cette orientation répond aux priorités du président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui fait de la modernisation des forces armées et de la souveraineté nationale un axe majeur de son action. Sans remettre en cause la coopération avec Paris, Libreville affirme sa volonté de construire des partenariats davantage fondés sur le transfert de savoir-faire, la montée en compétence et la responsabilité partagée.
Cette nouvelle doctrine s’inscrit également dans un environnement régional en pleine recomposition. Situé au cœur du golfe de Guinée, le Gabon occupe une position stratégique pour la sécurisation des routes maritimes reliant l’Afrique, l’Europe et les marchés mondiaux. La lutte contre la piraterie, les trafics illicites, la pêche illégale et la criminalité transnationale constitue désormais un enjeu majeur de sécurité collective.
C’est dans cette perspective que la France et le Gabon assureront conjointement en 2026 la coprésidence du G7++ des Amis du golfe de Guinée, dont la prochaine réunion ministérielle se tiendra à Libreville. Cette responsabilité renforce le positionnement diplomatique du Gabon comme acteur incontournable de la sécurité maritime en Afrique centrale.
Au-delà des questions militaires, cette coopération répond également aux nouvelles réalités de la compétition internationale. Face à la montée en puissance de la Chine, de la Turquie, des pays du Golfe et d’autres acteurs présents en Afrique centrale, la France cherche à maintenir une relation privilégiée avec un partenaire considéré comme stable et influent, tandis que le Gabon poursuit une stratégie de diversification de ses alliances sans logique d’alignement exclusif.
La lettre d’intention signée à Paris constitue ainsi bien davantage qu’un document administratif. Elle symbolise l’entrée des relations franco-gabonaises dans une nouvelle phase, où la puissance ne se mesure plus à la taille d’une base militaire, mais à la qualité des partenariats, à la confiance politique et à la capacité des deux États à répondre ensemble aux défis sécuritaires du golfe de Guinée et de l’Afrique centrale.