En un an, la production nationale de viande a chuté de 26,7 %, révélant les fragilités structurelles de l’élevage camerounais. Face à une demande intérieure en constante progression, les autorités misent désormais sur l’amélioration génétique des troupeaux grâce à un partenariat stratégique avec le groupe brésilien Santa Maria.
Entre promesses de gains de productivité, transfert de technologies et interrogations sur les impacts sanitaires et environnementaux, le Cameroun s’engage dans une transformation majeure de sa filière bovine. Mais la génétique suffira-t-elle à résoudre les difficultés profondes de l’élevage national ?
La production nationale de viande est passée de 235 960 tonnes en 2024 à 172 910 tonnes en 2025, soit une baisse de 26,7 %. Derrière ce recul se cache une crise plus ancienne. Avec 68 902 tonnes produites en 2025, le bovin reste le premier contributeur à l’approvisionnement du pays, devant la volaille, le porc, les caprins et les ovins.
Cette baisse intervient alors que la consommation progresse sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation. L’offre locale peine à suivre, renforçant les importations et la pression sur les prix.
Pourquoi la production bovine recule-t-elle ?
La baisse de la production résulte de plusieurs contraintes structurelles.
- Le changement climatique fragilise les pâturages : Les sécheresses récurrentes dans les régions septentrionales réduisent les pâturages et les points d’eau, affaiblissant les animaux et limitant leur productivité.
- L’alimentation animale demeure insuffisant : Le coût élevé des aliments de bétail et les carences alimentaires pendant la saison sèche ralentissent la croissance des animaux, diminuent leur fertilité et augmentent les pertes.
- Des performances génétiques limitées : Les races locales, bien adaptées au climat et résistantes aux maladies, présentent un potentiel de production plus faible que les races sélectionnées. Les taux de reproduction restent également modestes.
- Les maladies animales continuent de peser : Les maladies infectieuses, malgré les campagnes de vaccination, continuent d’affecter les troupeaux et de freiner les investissements des éleveurs.
- L’insécurité et le déficit d’infrastructures : Les conflits liés à la transhumance, l’insécurité dans certaines zones pastorales ainsi que le manque d’abattoirs modernes, de chaînes de froid et de routes rurales limitent la compétitivité de la filière.
Le pari de la génétique
Face à ces défis, le gouvernement privilégie désormais l’amélioration de la productivité plutôt que la seule augmentation des effectifs. Le partenariat avec le groupe brésilien Santa Maria prévoit la création à Ngaoundéré d’une unité de production d’intrants pour la reproduction bovine et l’alimentation animale, ainsi que la formation des éleveurs aux techniques d’insémination artificielle.
Ce projet complète le futur Centre national de production de la semence animale de Wakwa, appelé à produire plus de 500 000 doses de semences bovines et 300 embryons par an. L’objectif est de diffuser des lignées plus performantes afin d’améliorer durablement la production de viande.
Pourquoi le modèle brésilien attire le Cameroun
Le Brésil figure parmi les leaders mondiaux de la production bovine grâce à plusieurs décennies d’investissements dans la sélection génétique et les biotechnologies de reproduction. Le Cameroun entend s’inspirer de cette expertise tout en veillant à préserver l’adaptation de son cheptel aux réalités climatiques locales.
La génétique représente-t-elle un risque pour la santé humaine ?
L’amélioration génétique par insémination artificielle est souvent confondue avec les OGM. Pourtant, elle repose sur la sélection de reproducteurs performants, sans modification du patrimoine génétique des animaux. À ce jour, les connaissances scientifiques ne mettent pas en évidence de risque particulier pour la santé humaine lié à la consommation de viande issue de cette technique.
Les défis concernent davantage la préservation de la diversité génétique, l’adaptation des races aux conditions locales et le respect des bonnes pratiques d’élevage afin d’éviter un recours excessif aux traitements vétérinaires.
Au-delà de la génétique, une réforme globale s’impose
Les spécialistes rappellent que la génétique ne suffit pas. Son efficacité dépend aussi de la qualité de l’alimentation, du suivi sanitaire, de l’accès à l’eau, des infrastructures et de l’organisation des marchés. La modernisation de la filière exigera donc des investissements dans l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis la production jusqu’à la commercialisation.
Une ambition qui devra se mesurer aux résultats
Le partenariat avec Santa Maria ouvre une nouvelle étape dans la modernisation de l’élevage camerounais. Mais les biotechnologies ne produiront des effets durables que si elles s’accompagnent de politiques publiques cohérentes et d’un accompagnement des éleveurs.
Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse la seule hausse des volumes. Il s’agit de bâtir une filière bovine plus compétitive, plus résiliente face aux changements climatiques et capable de répondre durablement à la demande nationale. La génétique peut être un puissant levier, mais elle ne remplacera ni les réformes structurelles, ni les investissements indispensables à la souveraineté alimentaire.