Dette publique : le Cameroun emprunte encore, mais à quel prix ?

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Le Cameroun peut-il continuer à emprunter ?

La dette publique du Cameroun reste officiellement sous le seuil de vigilance fixé par la CEMAC. Pourtant, derrière ce chiffre rassurant, les signaux se dégradent : des emprunts plus coûteux, un service de la dette qui explose et une marge budgétaire qui se rétrécit.

Plus que le niveau de la dette, c’est désormais son coût qui inquiète. Au 30 juin 2026, la dette publique du Cameroun atteignait 15 607 milliards de FCFA, soit 44,2 % du PIB. Le pays reste donc loin du plafond communautaire de 70 %, ce qui écarte, pour l’instant, le risque d’un surendettement.

Une dette encore soutenable, mais sous pression

Mais cette lecture masque une réalité plus préoccupante. Depuis deux ans, les conditions de financement se sont nettement durcies. Les taux d’intérêt internationaux ont augmenté, les investisseurs sont plus prudents et les incertitudes politiques pèsent sur la confiance des marchés.

Résultat : le Cameroun continue d’emprunter, mais il le fait à un coût de plus en plus élevé. Cette évolution se reflète dans la note attribuée par l’agence Fitch Ratings, qui maintient le pays en catégorie « B » avec perspective négative, signe d’une vulnérabilité financière croissante.

Le recours croissant aux financements privés

Le changement le plus marquant concerne l’origine des nouveaux emprunts. Au premier semestre 2026, 63 % des financements extérieurs provenaient de créanciers commerciaux, contre 34,1 % seulement des bailleurs multilatéraux comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement.

Or, contrairement aux institutions internationales qui accordent généralement des prêts à faible taux et sur de longues maturités, les créanciers privés prêtent aux conditions du marché. Les intérêts sont plus élevés, les délais de remboursement plus courts et les exigences plus importantes. Ce basculement alourdit progressivement la facture de la dette et réduit les marges de manœuvre de l’État.

Une facture qui pèse déjà sur le budget

Entre janvier et juin 2026, le Cameroun a consacré 1 059,3 milliards de FCFA au remboursement de sa dette. Près de 86 % de cette somme a servi à rembourser le capital emprunté. Cette charge limite les capacités d’investissement de l’État. Chaque milliard affecté au remboursement est un milliard qui ne finance ni infrastructures, ni écoles, ni hôpitaux, ni projets agricoles ou industriels.

Le phénomène est d’autant plus préoccupant que le Trésor doit régulièrement lever de nouveaux financements pour honorer les échéances des emprunts précédents. Cette pratique est courante pour les États, mais elle devient risquée lorsque les nouveaux crédits coûtent davantage que les anciens.

Des conséquences bien réelles pour les ménages

La dette publique n’affecte pas directement le quotidien des Camerounais, mais ses effets se font progressivement sentir. Lorsque le service de la dette augmente, les ressources disponibles pour les politiques publiques diminuent. Les investissements sont retardés, certains projets sont reportés et les retards de paiement envers les entreprises se multiplient.

Les collectivités locales disposent également de moyens plus limités. À terme, cette situation peut ralentir la création d’emplois, dégrader la qualité des services publics et accroître la pression fiscale destinée à financer les dépenses de l’État.

Le véritable défi : mieux utiliser l’argent emprunté

L’endettement n’est pas un problème en soi. Toutes les économies y ont recours pour financer leur développement. La véritable question est celle de l’utilisation des ressources empruntées. Lorsqu’un emprunt finance un barrage, une centrale électrique, une route ou une infrastructure capable de soutenir durablement l’activité économique, il contribue à créer les richesses nécessaires pour être remboursé.

En revanche, lorsque les crédits servent principalement à financer des dépenses de fonctionnement ou des projets peu productifs, ils deviennent une charge durable pour les finances publiques sans générer les revenus attendus. C’est sur ce point que de nombreux économistes estiment que le Cameroun doit encore progresser, en améliorant la sélection des projets, leur exécution et leur rentabilité économique.

Le Cameroun peut-il continuer à emprunter ?

À court terme, oui. Le pays conserve encore une capacité d’endettement et les institutions financières internationales continuent de considérer le risque de surendettement comme modéré. En revanche, les conditions de financement sont devenues beaucoup moins favorables. Plus les emprunts commerciaux prendront de place dans le portefeuille de la dette, plus le coût des remboursements augmentera.

Le défi des prochaines années ne sera donc pas seulement de trouver de nouveaux financements, mais surtout de limiter le recours aux crédits les plus coûteux, de renforcer les recettes fiscales, de mieux maîtriser les dépenses publiques et d’orienter les emprunts vers des investissements capables de soutenir la croissance.

La dette publique n’est pas encore une menace immédiate pour la stabilité financière du Cameroun. En revanche, son évolution constitue un signal d’alerte. Si les emprunts deviennent plus chers tandis que leur rendement économique reste insuffisant, le poids des remboursements risque d’étouffer progressivement les capacités d’investissement de l’État.

Pour les pouvoirs publics, l’urgence n’est donc plus seulement d’emprunter, mais d’emprunter mieux.

Simon Emmanuel MINYEM

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