Quatre années consécutives d’excédent commercial donnent à N’Djamena une marge de manœuvre nouvelle. Mais pour le président tchadien, la véritable bataille commence désormais : convertir cette résilience extérieure en diversification économique, en stabilité politique et en influence régionale durable.
Le Tchad a enregistré en 2025 un excédent commercial de 273,9 milliards de FCFA, selon l’INSEED. Le montant est nettement inférieur aux 597,7 milliards de FCFA de 2024, mais il confirme une tendance remarquable : pour la quatrième année consécutive, la balance commerciale du pays reste positive.
Dans un environnement sahélien profondément déstabilisé, cette performance offre à N’Djamena un argument économique supplémentaire. Mais elle doit être interprétée avec prudence. L’excédent tchadien reste largement dépendant des hydrocarbures, et sa progression ne signifie pas encore une transformation structurelle de l’économie. Pour Mahamat Idriss Déby, l’enjeu est précisément là.
Une résilience qui reste fragile
Le pétrole constitue à la fois la principale force et la principale vulnérabilité de l’économie tchadienne. Les variations des cours internationaux peuvent rapidement modifier les recettes d’exportation et les marges budgétaires de l’État. La baisse de l’excédent en 2025 rappelle cette réalité.
La stratégie présidentielle doit donc être jugée moins sur la permanence d’un solde commercial positif que sur la capacité à utiliser cette rente pour développer l’agriculture, l’élevage, les mines, l’énergie, les infrastructures et la transformation industrielle. Le véritable indicateur de réussite sera la réduction progressive de la dépendance pétrolière.
Mahamat Idriss Déby cherche à élargir les partenariats
La politique extérieure du président tchadien accompagne cette recherche de diversification. Le rapprochement avec l’Algérie, matérialisé par la signature de 34 accords et instruments de coopération, illustre la volonté de N’Djamena de multiplier ses partenaires économiques et stratégiques. Le projet de coopération avec Sonatrach autour d’une éventuelle raffinerie est particulièrement significatif.
Il répond à une logique d’intégration de la chaîne pétrolière et de captation d’une plus grande partie de la valeur ajoutée. Mais ces annonces devront être confrontées à leur concrétisation. La diplomatie économique ne produit des résultats durables que lorsque les accords se transforment en investissements, infrastructures, emplois et capacités industrielles.
Une présidence entre consolidation et attentes
Sur le plan politique, la trajectoire de Mahamat Idriss Déby demeure plus complexe que ne le suggèrent les seuls indicateurs économiques. Son élection en 2024 a ouvert une nouvelle séquence institutionnelle après la période de transition, mais la consolidation politique du pouvoir reste indissociable des questions de gouvernance, de participation politique, de dialogue national et de cohésion sociale.
Le président doit ainsi relever une double exigence : affirmer l’autorité de l’État dans un environnement sécuritaire difficile tout en consolidant la légitimité institutionnelle du nouveau cycle politique. C’est cette articulation entre stabilité et ouverture qui déterminera largement la perception internationale de son mandat.
Le Tchad, pivot entre deux Afriques
La géographie donne à N’Djamena un avantage stratégique considérable. À la jonction du Sahel, du bassin du lac Tchad et de l’Afrique centrale, le pays peut jouer un rôle dans les futurs corridors commerciaux, énergétiques et logistiques reliant ces différents espaces.
Cette position prend une importance particulière dans un contexte où les équilibres régionaux évoluent rapidement et où les partenariats traditionnels sont remis en question. Pour Déby, la politique étrangère devient donc aussi un instrument économique : diversifier les partenaires pour accroître les marges de souveraineté.
Le test sera social
La principale inconnue reste cependant intérieure. Un excédent commercial, aussi important soit-il, ne constitue pas automatiquement un progrès social. La question essentielle sera de savoir si les ressources du pays permettent d’améliorer durablement les infrastructures, l’accès à l’énergie, l’éducation, la santé et les revenus des populations.
Le défi du président tchadien est donc de transformer une résilience macroéconomique encore fragile en développement visible.
De la survie à la transformation
Mahamat Idriss Déby dispose aujourd’hui d’un contexte qui peut lui permettre de repositionner le Tchad. Mais cette fenêtre d’opportunité reste étroite. La consolidation politique, la diversification économique, la maîtrise de la rente pétrolière et l’ouverture de nouveaux partenariats devront avancer simultanément.
Le Tchad n’est pas encore devenu une puissance économique régionale. Il possède cependant plusieurs des cartes nécessaires pour le devenir : ses ressources, sa position géographique et son rôle stratégique entre Sahel et Afrique centrale. La question des prochaines années sera donc moins celle de la résilience que celle de sa transformation.
Pour Mahamat Idriss Déby, le véritable succès ne sera pas de démontrer que le Tchad résiste aux crises. Il sera de prouver que cette résilience peut produire un État plus solide, une économie moins dépendante et une influence régionale durable.