Les images se ressemblent. Les bilans aussi. Des maisons ensevelies, des familles décimées, des secours fouillant la boue, puis les condoléances, les promesses et, enfin, l’oubli.
À Biteng, au lieu-dit Maeture, un nouvel éboulement de terrain a coûté la vie à huit personnes. Huit victimes de plus dans une ville qui, à chaque saison des pluies, semble redécouvrir sa propre vulnérabilité. Ce drame survient avec une ironie tragique.
Il y a quelques jours à peine, l’Observatoire national sur les changements climatiques (ONACC) alertait sur une saison des pluies particulièrement active, annonçant un risque élevé d’inondations et de glissements de terrain dans plusieurs régions du Cameroun, dont le Centre.
L’éboulement de Biteng n’est peut-être pas celui que les prévisionnistes avaient identifié. Mais il est exactement le type de catastrophe qu’ils annonçaient.
Faut-il y voir la conséquence directe des changements climatiques ?
La réponse mérite d’être précise. Les pluies diluviennes qui ont frappé Yaoundé ont probablement déclenché le mouvement de terrain. Mais une pluie, aussi intense soit-elle, ne choisit pas ses victimes. Ce sont les faiblesses d’un territoire qui transforment un épisode météorologique en catastrophe humaine.
Le véritable problème est là.
Depuis des années, les versants de Yaoundé se couvrent d’habitations. Les collines sont entaillées, les arbres disparaissent, les drains sont insuffisants ou obstrués, les règles d’urbanisme sont contournées, parfois ignorées. À force de construire là où la nature rappelle régulièrement ses limites, la ville fabrique elle-même une partie de ses drames.
Le changement climatique agit alors comme un accélérateur. Des pluies plus abondantes, plus brutales et plus fréquentes exercent une pression supplémentaire sur des sols déjà fragilisés. Ce n’est pas le climat qui construit sur une pente instable. Ce n’est pas lui qui autorise les occupations anarchiques.
Mais il révèle, avec une violence croissante, les insuffisances de l’aménagement urbain. C’est un outil d’anticipation. Elle doit conduire à inspecter les zones à risque, évacuer les populations les plus exposées, curer les drains, surveiller les pentes instables et préparer les secours avant que la pluie ne tombe.
C’est précisément pour éviter ce scénario que les systèmes d’alerte existent. Une alerte n’est pas un communiqué destiné à remplir les archives administratives. C’est un outil d’anticipation. Elle doit conduire à inspecter les zones à risque, évacuer les populations les plus exposées, curer les drains, surveiller les pentes instables et préparer les secours avant que la pluie ne tombe.
Or, au Cameroun, la gestion des catastrophes demeure trop souvent prisonnière de la logique de l’après. On intervient lorsque les maisons se sont déjà effondrées, lorsque les familles cherchent leurs disparus et lorsque les chiffres des victimes commencent à circuler. Cette culture de la réaction coûte cher. En vies humaines, d’abord. En ressources publiques, ensuite.
A quoi sert une alerte si elle ne modifie pas les comportements et les décisions ?
L’éboulement de Biteng pose donc une question simple : à quoi sert une alerte si elle ne modifie pas les comportements et les décisions ? Car la valeur d’une prévision ne se mesure pas à la précision de ses cartes, mais au nombre de catastrophes qu’elle permet d’éviter.
Les prochains mois diront si les autorités auront transformé l’avertissement de l’ONACC en véritable stratégie de prévention. La saison des pluies est loin d’être terminée, et les épisodes les plus intenses pourraient encore survenir.