Lancé le 24 avril 2026, le quatrième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH), couplé au recensement de l’agriculture et de l’élevage, a officiellement achevé sa phase de dénombrement le 15 septembre dernier. Mais l’opération est loin d’avoir livré ses résultats définitifs.
Les difficultés de couverture, les disparités territoriales et les contraintes rencontrées sur le terrain rendent désormais décisives l’enquête post-censitaire et la phase d’apurement des données. Pour le Cameroun, l’enjeu est de transformer une collecte inégale en une photographie statistique suffisamment fiable pour guider les politiques publiques.
Une opération hors normes
Le quatrième RGPH intervient vingt et un ans après le dernier recensement général de la population, réalisé en 2005. Son ambition est considérable : établir l’effectif de la population, sa répartition géographique et ses principales caractéristiques, mais aussi actualiser les données sur l’habitat et les conditions de vie des ménages.
Le recensement agricole et de l’élevage a été conduit parallèlement afin de disposer d’une connaissance plus fine du tissu productif rural. Le décret instituant le RGPH prévoit d’ailleurs, au-delà du dénombrement, une enquête post-censitaire, le traitement et l’analyse des données avant leur publication.
Pour réduire les délais de traitement, le Cameroun a fait le choix d’une collecte numérique, avec des smartphones et des outils cartographiques. L’ambition était notamment d’éviter les longues opérations de saisie et de recodage qui caractérisaient les recensements sur support papier.
Une couverture encore inégale
Le principal enseignement de la phase de dénombrement est toutefois l’écart entre l’ambition d’une couverture nationale exhaustive et la réalité du terrain. Au 3 septembre, le taux de couverture communiqué par les autorités s’établissait à 71,7 %, soit 21,607 millions de personnes dénombrées, avec un déficit estimé à plus de 8,5 millions de personnes.
Cinq régions avaient alors dépassé 80 %, tandis que les niveaux de couverture demeuraient particulièrement préoccupants dans certains grands pôles urbains. Des opérations de rattrapage ont été menées dans les derniers jours.
Les équipes de coordination se sont notamment rendues dans le Sud, autour d’Abang Minko’o, Kyé-Ossi et Ambam, pour tenter de compléter les zones insuffisamment couvertes. À la clôture, les estimations disponibles dans la presse faisaient état d’une couverture encore inférieure à l’exhaustivité recherchée.
Il faut donc éviter une lecture trop mécanique des taux provisoires : une couverture de 80 ou 85 % ne signifie pas nécessairement que les données de 80 ou 85 % de la population sont immédiatement exploitables. La qualité des réponses, les doublons, les omissions et la représentativité territoriale doivent encore être vérifiés.
Pourquoi le terrain a résisté
Plusieurs facteurs expliquent les difficultés. La dispersion de l’habitat, les zones difficiles d’accès et certaines contraintes sécuritaires ont compliqué le travail des agents. Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le contexte particulier impose d’ailleurs un dispositif de contrôle spécifique.
Le facteur humain a également pesé. Le processus a connu des difficultés liées à la mobilisation et au paiement des personnels de terrain, tandis que la sensibilisation n’a pas toujours permis de lever les réticences de certains ménages.
À cela se sont ajoutées les difficultés techniques inhérentes à une opération numérique de cette ampleur. Lorsque l’outil de collecte connaît des dysfonctionnements, les conséquences peuvent rapidement se répercuter sur la productivité des agents et le calendrier général.
Ces difficultés expliquent en partie les prolongations successives du calendrier. La date initiale du 29 mai a d’abord été repoussée au 31 juillet, avant qu’une nouvelle période de collecte complémentaire ne soit fixée jusqu’au 15 septembre.
L’enquête post-censitaire, étape décisive
Le 15 septembre ne constitue donc pas la fin du processus statistique. Il marque surtout la fin du dénombrement principal. La prochaine étape est l’enquête post-censitaire, prévue sur trois mois.
Son rôle est essentiel : mesurer le degré d’exhaustivité du recensement, identifier les personnes ou ménages oubliés, examiner les cas de refus et contrôler la qualité de variables fondamentales comme l’âge et le sexe. Elle sera conduite sur un échantillon couvrant les dix régions ainsi que Douala et Yaoundé.
Un contrôle hybride doit également être réalisé dans les zones dites « rouges » du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Il s’agira notamment de vérifier, par échantillonnage, que les questionnaires ont effectivement été administrés aux populations concernées.
Des chiffres qui pèseront sur les politiques publiques
L’enjeu dépasse largement la production d’un nouveau chiffre de population. Un recensement fiable sert à répartir les infrastructures, dimensionner les écoles et les centres de santé, planifier les investissements, mesurer les besoins des collectivités et orienter les politiques sociales.
Il constitue également une base pour actualiser les projections démographiques et apprécier les transformations du territoire depuis 2005.
La priorité est donc désormais double : corriger autant que possible les omissions et préserver la qualité des données déjà collectées. Une fois le nettoyage achevé, les résultats devront être analysés avant leur publication officielle.
Le recensement sera jugé sur ses résultats
Le Cameroun dispose désormais d’une masse considérable de données recueillies au terme d’une opération longue et coûteuse. Mais la valeur de cet investissement dépendra de la qualité du produit final.
L’enjeu des prochains mois sera donc moins de communiquer rapidement un chiffre que de garantir sa robustesse. L’enquête post-censitaire, le traitement statistique et l’apurement des bases seront à cet égard aussi importants que le dénombrement lui-même.
Après plusieurs reports et une couverture qui demeure provisoire, le véritable recensement commence en quelque sorte maintenant : celui qui permettra de vérifier la fiabilité des données recueillies et de transformer ces informations en outil de décision publique.