Boucle de la Lékié (Cameroun) : Un chantier à l’épreuve du temps

Après décembre 2024 puis décembre 2025, novembre 2026 constitue le troisième horizon annoncé pour l'achèvement du projet

Lancée en décembre 2022 pour une durée de 24 mois, la Boucle de la Lékié devait être livrée fin 2024. Près de deux ans après cette échéance initiale, le projet de 81,5 kilomètres affiche 57,03 % d’exécution et une nouvelle date de livraison fixée à novembre 2026.

Entre insuffisante mobilisation de l’entreprise, difficultés de paiement et ouvrages encore inachevés, ce chantier concentre désormais de fortes attentes locales, dans un contexte électoral où les infrastructures occupent une place croissante dans le débat public.

Un chantier encore loin de son terme

La situation du projet est précisément documentée par le ministère des Travaux publics (MINTP). Au 13 juillet 2026, le taux d’exécution physique global atteignait 57,03 %, alors que 79,56 % des délais étaient déjà consommés. La couche de base avait été réalisée sur 43,4 kilomètres seulement, contre 81,5 kilomètres prévus.

Or la couche de roulement ne couvrait que 30,72 kilomètres. Sur les 115 dalots programmés, 62 étaient achevés. Autre point critique : le pont sur la rivière Ngobo n’avait toujours pas démarré à la mi-juillet. Les caniveaux et fossés, eux, n’étaient réalisés que sur 18,3 kilomètres, pour un objectif de 48,8 kilomètres.

Ces chiffres montrent que le taux global de 57,03 % ne signifie pas que 57 % des 81,5 kilomètres sont aujourd’hui entièrement praticables et achevés. Plusieurs composantes du chantier restent à réaliser.

Pourquoi les travaux accusent-ils autant de retard ?

Le MINTP met principalement en cause la faible mobilisation d’Arab Contractors, l’entreprise chargée des travaux, ainsi que des insuffisances dans l’organisation du chantier. En août, le ministère a encore demandé à l’entreprise de mobiliser effectivement les équipements et les personnels prévus dans les contrats et de mieux répartir ses ressources.

Les difficultés financières ne sont toutefois pas totalement absentes. Entre janvier et avril 2026, l’État a réglé 4,203 milliards de FCFA de décomptes, ramenant les sommes validées mais impayées à 519,45 millions de FCFA.

Le MINTP reconnaît que les retards de règlement ont perturbé le chantier, tout en estimant que la faible mobilisation des moyens humains et matériels constitue désormais un facteur majeur du ralentissement.

Le problème est donc double : assurer la continuité des paiements publics, mais aussi obtenir de l’entreprise une cadence d’exécution compatible avec la nouvelle échéance.

Novembre 2026, une échéance sous pression

Après décembre 2024 puis décembre 2025, novembre 2026 constitue le troisième horizon annoncé pour l’achèvement du projet. Le calendrier apparaît particulièrement contraint au regard du niveau d’avancement relevé en juillet.

Pour tenter de rattraper le retard, les autorités ont demandé une accélération des travaux, notamment sur les premières sections, une mobilisation accrue des engins et des équipes, ainsi que le traitement prioritaire des ouvrages qui perturbent la circulation. Le pont de Ngobo et les zones devenues difficiles d’accès figurent parmi les points sensibles.

La question n’est donc plus seulement de terminer la route, mais de savoir à quel rythme les travaux peuvent désormais progresser sans compromettre la qualité des ouvrages.

Au-delà de la route, un enjeu économique

La Boucle de la Lékié doit améliorer la desserte de plusieurs localités et faciliter la circulation des personnes et des marchandises. Pour une zone agricole connectée au marché de Yaoundé, l’état des routes pèse directement sur les conditions d’évacuation et de commercialisation des productions.

Chaque retard prolonge ainsi les contraintes de déplacement, les difficultés d’accès à certaines localités et les coûts supportés par les usagers. L’enjeu est également celui de la durabilité : une livraison précipitée ou une exécution insuffisamment contrôlée ne réglerait pas durablement les problèmes que le projet est censé résoudre.

Des attentes qui prennent une dimension politique

À l’approche des échéances électorales, l’impatience autour du chantier gagne également le terrain politique. Une tribune publiée en septembre par le journaliste Paul Fils Eloundou a notamment appelé les populations de la Lékié à se mobiliser autour de l’achèvement de la route, avec le mot d’ordre : « Pas de boucle de la Lékié, zéro vote !!! ».

Cette prise de position doit être distinguée de l’ensemble des attentes exprimées localement : elle constitue une initiative publique d’un acteur identifié et ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’opinion de l’ensemble des habitants du département.

Elle traduit néanmoins une réalité politique plus large : lorsqu’une infrastructure annoncée depuis plusieurs années tarde à aboutir, son état devient nécessairement un sujet de reddition de comptes pour les populations concernées.

Le véritable enjeu : tenir la prochaine promesse

La Boucle de la Lékié est désormais confrontée à une double exigence : rattraper un retard technique important et restaurer la confiance des usagers dans le calendrier annoncé.

La prochaine étape sera donc déterminante. Si novembre 2026 reste l’échéance officielle, sa crédibilité dépendra de la capacité d’Arab Contractors à accroître rapidement sa mobilisation, de la régularité des règlements publics et du suivi exercé par le maître d’ouvrage.

Au-delà du calendrier, les populations attendent surtout une route effectivement achevée, praticable et durable. C’est sur ce résultat concret, davantage que sur les annonces successives, que sera finalement appréciée la réalisation de la Boucle de la Lékié.

Simon Emmanuel Minyem

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