Reçu par son homologue Emmanuel Macron après une séquence africaine tous azimuts, le président béninois veut inscrire la relation avec Paris dans une logique de résultats : énergie, agriculture, santé, industrialisation et investissements privés. Une diplomatie économique qui traduit aussi le nouveau positionnement de Cotonou dans une Afrique de l’Ouest en recomposition.
À l’Élysée, ce lundi 5 octobre, Romuald Wadagni ne vient pas seulement consolider une relation bilatérale ancienne. Pour sa première visite de travail en France depuis son investiture le 24 mai, le président béninois cherche surtout à transformer le dialogue politique avec Emmanuel Macron en engagements économiques mesurables.
Le calendrier de cette visite est révélateur. Dimanche soir, Wadagni était l’invité d’honneur d’un dîner organisé à l’Élysée dans le cadre de l’Africa France Impact Coalition, issue du sommet Africa Forward de Nairobi des 11 et 12 mai. Les échanges ont porté sur les investissements privés, l’industrialisation africaine et le développement des chaînes de valeur.
Le rendez-vous avec Emmanuel Macron s’inscrit donc dans une séquence où le financement du développement tend à remplacer la seule logique d’aide. Le Bénin veut attirer davantage de capitaux, accélérer ses infrastructures et renforcer ses capacités productives ; la France cherche, de son côté, à inscrire ses instruments financiers et ses entreprises dans les marchés africains en croissance.
L’électricité comme test du partenariat
Le volet le plus significatif concerne l’énergie. Le programme PEDER+, consacré à l’extension et au développement des réseaux électriques béninois, représente 173 millions d’euros, dont un prêt de 50 millions de l’Agence française de développement, avec la participation de la BERD et de la BEI.
Ce choix est stratégique. Pour Cotonou, l’enjeu n’est plus seulement d’accroître l’accès à l’électricité, mais de disposer des infrastructures nécessaires à l’industrialisation et à la compétitivité des entreprises.
Le même raisonnement vaut pour l’agriculture. Une convention de 15 millions d’euros doit soutenir notamment la filière piscicole et les investissements agricoles productifs. Là encore, le sujet dépasse le financement d’un secteur : il s’agit de renforcer les chaînes de valeur locales et de réduire les vulnérabilités alimentaires.
Du financement à la souveraineté productive
La troisième séquence touche à la santé et au capital humain, avec un projet de laboratoire d’excellence au Bénin associant Bpifrance et le laboratoire d’hématologie médico-légale de Bordeaux, accompagné d’un transfert de compétences.
Électricité, agriculture, santé : le portefeuille dessine ainsi une même ambition, celle d’un Bénin producteur de valeur, capable de mieux mobiliser ses infrastructures, ses compétences et son secteur privé.
Cette orientation correspond aussi au nouveau positionnement de Cotonou dans son environnement régional. Depuis son investiture, Wadagni a multiplié les contacts avec les capitales ouest-africaines, notamment Abuja, Niamey, Ouagadougou, Lomé, Abidjan, Dakar, Bamako et Conakry, avant d’élargir son agenda au Rwanda et à la République du Congo.
Cette diplomatie tous azimuts est particulièrement significative dans une Afrique de l’Ouest marquée par la recomposition de l’espace régional et par la rupture entre les pays de l’Alliance des États du Sahel et la CEDEAO.
Paris dans une stratégie d’ouverture
Pour Cotonou, le partenariat avec Paris ne signifie donc pas un retour à une relation verticale. Il s’inscrit plutôt dans une stratégie de diversification : multiplier les partenaires tout en utilisant les relations historiques pour accélérer les investissements. Pour la France, le Bénin représente également un partenaire intéressant dans cette nouvelle approche.
Paris cherche désormais à associer davantage ses financements, son expertise et ses entreprises aux projets africains structurants. Le Conseil présidentiel pour les partenariats internationaux a précisément fixé cette orientation : mieux articuler les instruments de l’AFD, de Bpifrance et l’offre des entreprises françaises sur les marchés étrangers.
À l’Élysée, la question sera donc moins celle de la proximité politique que de la capacité à produire des résultats. Le véritable enjeu de la rencontre Wadagni-Macron est là : faire passer la relation franco-béninoise d’une logique de coopération à une logique de co-investissement, de chaînes de valeur et de souveraineté productive.