Francophonie : Djibouti ouvre un nouveau front pour les affaires africaines

Pour le Cameroun, l'enjeu est particulièrement stratégique.

Du 6 au 8 octobre, la Mission économique de la Francophonie veut transformer les réseaux francophones en contrats et en investissements. Pour le Cameroun et l’Afrique centrale, l’enjeu est de ne plus regarder vers l’Est africain comme un marché lointain, mais comme un nouvel espace de conquête économique.

L’espace francophone ne constitue plus seulement une communauté linguistique et culturelle. Il devient progressivement un réseau économique à structurer, capable de rapprocher marchés, capitaux, compétences, technologies et chaînes de valeur. C’est l’ambition de la 7ᵉ Mission économique de la Francophonie, organisée du 6 au 8 octobre 2026 à Djibouti.

Entreprises, investisseurs, institutions et réseaux économiques doivent y multiplier les rencontres B2B et rechercher des partenariats dans cinq secteurs ciblés : transport et logistique, numérique, énergies renouvelables, santé et tourisme durable. Près de 400 entreprises issues de 90 pays avaient manifesté leur intérêt en amont de la rencontre.

Djibouti, porte d’entrée vers l’Afrique de l’Est

Le choix de Djibouti n’est pas anodin. Ports en eau profonde, zones franches, corridors routiers et ferroviaires : le pays cherche à consolider son rôle de plateforme logistique régionale.

Le corridor ferroviaire Djibouti-Addis-Abeba constitue notamment une infrastructure majeure pour l’accès aux marchés est-africains. Selon l’OIF, Djibouti se présente comme une porte d’entrée vers un marché régional de quelque 600 millions d’habitants. Cette géographie intéresse directement l’Afrique centrale.

Cameroun : sortir du face-à-face avec ses marchés traditionnels

Pour le Cameroun, l’enjeu est particulièrement stratégique. Première économie de la CEMAC, doté d’un tissu entrepreneurial diversifié et de plusieurs infrastructures portuaires, industrielles et logistiques, le pays dispose d’atouts pour projeter davantage ses entreprises hors de son environnement régional immédiat.

Mais cette projection reste encore largement concentrée sur les marchés d’Afrique centrale, de l’Afrique de l’Ouest et sur les partenaires traditionnels. L’Afrique de l’Est constitue encore un espace commercial à mieux explorer. La Mission de Djibouti peut précisément servir de passerelle.

L’annuaire officiel de la rencontre recense déjà des entreprises camerounaises, notamment dans le numérique, aux côtés d’opérateurs gabonais, ivoiriens, sénégalais, togolais, égyptiens et djiboutiens.

Cette diversité donne à la rencontre une dimension particulièrement intéressante pour les entreprises camerounaises : rencontrer non seulement des partenaires djiboutiens, mais aussi des opérateurs qui connaissent les marchés de l’Est africain.

Pour une entreprise camerounaise du numérique, de l’agro-industrie, de la logistique, de la santé ou des énergies renouvelables, Djibouti peut ainsi devenir un point d’entrée vers de nouveaux réseaux commerciaux.

Du port de Douala aux corridors de la mer Rouge

L’intérêt géopolitique est encore plus large. Le Cameroun dispose avec Douala et Kribi de deux infrastructures portuaires capables de jouer un rôle majeur dans les échanges de l’Afrique centrale. Djibouti possède, de son côté, une fonction de plateforme tournée vers la Corne de l’Afrique et la mer Rouge.

Il ne s’agit évidemment pas de mettre ces deux espaces en concurrence, mais de réfléchir à leur complémentarité dans une Afrique où les corridors deviennent des instruments de puissance économique.

La question posée aux opérateurs camerounais est donc simple : comment transformer les réseaux francophones en passerelles entre le golfe de Guinée, le bassin du Congo, la Corne de l’Afrique et les marchés de l’océan Indien ?

Une Francophonie économique à l’épreuve du marché

C’est ici que la Mission économique prend une dimension qui dépasse le simple réseautage. Pour le Cameroun, comme pour les autres économies de la CEMAC et de la CEEAC, l’objectif devrait être de passer d’une présence ponctuelle à une véritable stratégie d’internationalisation des entreprises.

Il s’agit d’ identifier les marchés, nouer des joint-ventures, trouver des distributeurs, mobiliser des financements et intégrer les chaînes de valeur régionales. La Francophonie peut fournir le réseau. Aux entreprises de transformer ce réseau en contrats.

Dans un continent où les grandes puissances économiques se disputent désormais les infrastructures, les ressources, les marchés et les chaînes logistiques, la bataille ne se joue plus uniquement sur les volumes de capitaux investis. Elle se joue aussi sur la capacité à connecter les économies africaines entre elles.

Pour le Cameroun, Djibouti peut donc être davantage qu’une escale diplomatique : un laboratoire pour tester une nouvelle projection économique vers l’Afrique de l’Est. De Douala à Djibouti, l’enjeu est désormais de construire les passerelles qui permettront aux entreprises d’Afrique centrale de ne plus subir la géographie, mais d’en faire un avantage stratégique.

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