Suspendu de l’ITIE depuis février 2024 après un score de 53 sur 100, Yaoundé plaide à Bruxelles pour retrouver sa place dans le dispositif international. Au-delà du symbole, l’enjeu touche à la gouvernance des ressources, à la confiance des investisseurs et à la capacité de transformer les revenus pétroliers et miniers en levier de développement.
Le Cameroun veut tourner la page de sa suspension de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Le 9 octobre 2026, en marge de la 10ᵉ conférence mondiale de l’organisation à Bruxelles, le ministre des Mines par intérim, Fuh Calistus Gentry, a plaidé auprès de Maria van der Hoeven, présidente du Conseil d’administration, pour la levée de cette mesure.
Yaoundé affirme avoir engagé des actions correctives, mais la décision appartient au Conseil de l’ITIE. La suspension, prononcée en février 2024, fait suite à une évaluation de 53 points sur 100. Le principal point de blocage concerne l’exigence 1.3 de la norme ITIE, relative à la participation effective de la société civile.
Le paradoxe est notable : si la composante « Transparence » a obtenu un score de 71,5 points, l’insuffisance de l’engagement des parties prenantes a justifié la sanction. L’ITIE avait notamment salué les progrès de publication des données de la Société nationale des hydrocarbures (SNH).
Un enjeu de confiance et d’attractivité
Pour le Cameroun, l’affaire dépasse la conformité à une norme internationale. Dans les hydrocarbures comme dans le secteur minier, la transparence des contrats, des licences, des paiements aux administrations et de la redistribution des revenus contribue à la crédibilité de l’État. Elle permet aussi aux citoyens de mieux apprécier la contribution des ressources naturelles aux finances publiques.
À l’heure où le pays cherche à valoriser son potentiel minier et à attirer des capitaux, une suspension prolongée peut nourrir les interrogations des investisseurs, des partenaires financiers et des organisations de la société civile.
Elle ne signifie pas automatiquement un retrait des capitaux, mais constitue un signal défavorable dans un environnement où la prévisibilité réglementaire et la qualité de la gouvernance pèsent sur les décisions économiques. L’enjeu est également géopolitique. Les ressources extractives s’inscrivent dans une compétition internationale pour les matières premières, les infrastructures et les chaînes de valeur.
Une gouvernance crédible peut renforcer la position du Cameroun dans ses négociations avec les entreprises et les partenaires étrangers. À l’inverse, une transparence insuffisante risque de limiter les bénéfices économiques et politiques tirés de ces ressources.
Le verrou de la société civile
La sortie de crise dépendra donc moins de l’efficacité du plaidoyer diplomatique que de la réalité des réformes. L’ITIE prévoit une nouvelle validation à partir du 1ᵉʳ avril 2027. Les autorités devront notamment démontrer des progrès sur l’engagement du gouvernement, des entreprises et de la société civile, ainsi que sur la gouvernance du dispositif multipartite.
L’opportunité est réelle : améliorer la traçabilité des revenus, renforcer le contrôle public et mieux relier exploitation des ressources et développement local. Mais une levée de suspension ne saurait se réduire à un succès diplomatique. Elle devra s’accompagner de mécanismes durables de dialogue, d’accès à l’information et de suivi des recommandations.
À Bruxelles, le Cameroun cherche à restaurer sa crédibilité internationale. Le véritable test se jouera à Yaoundé : faire de la transparence non une obligation imposée de l’extérieur, mais un instrument de souveraineté économique et de confiance publique.