ONU : Macky Sall jette l’éponge, l’Afrique sort du jeu avant le coup de sifflet final

Macky Sall quitte la course, mais le système, lui, reste en place.

Un veto peut tuer une candidature, cinq puissances peuvent verrouiller le monde. Le retrait de l’ancien président sénégalais expose la brutalité des rapports de force à l’ONU, où l’ambition africaine se heurte à une règle implacable : sans l’aval des grands, aucune victoire n’est possible.

Macky Sall quitte la course, mais le système, lui, reste en place.

Le 17 octobre 2026, l’ancien président sénégalais a retiré sa candidature au secrétariat général des Nations unies. Officiellement, il veut faciliter l’émergence d’un candidat consensuel. En filigrane, son retrait intervient après des consultations qui n’ont permis à aucun des sept prétendants de s’affranchir de l’opposition d’au moins une des cinq puissances permanentes du Conseil de sécurité.

Le signal est brutal : à l’ONU, on peut avoir un parcours présidentiel, un réseau diplomatique et une ambition internationale. Cela ne suffit pas. La bataille ne se gagne pas seulement à coups de discours sur le multilatéralisme. Elle se joue dans les couloirs, les alliances et les calculs des États qui détiennent le pouvoir de bloquer.

Le verrou des cinq

États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni : ces cinq membres permanents disposent d’un droit de veto qui pèse sur la désignation du secrétaire général. Le Conseil de sécurité recommande un candidat à l’Assemblée générale. Il faut au moins neuf voix favorables sur quinze, sans veto d’un membre permanent.

C’est là que se situe le cœur du problème. L’ONU proclame l’égalité souveraine des États, mais sa fonction exécutive la plus visible reste tributaire d’un rapport de force hérité de 1945. Le multilatéralisme est universel dans son discours ; il est sélectif dans ses mécanismes de décision.

Macky Sall n’a pas été publiquement déclaré battu par un vote final. Il s’est retiré au terme d’une séquence de consultations défavorable. La nuance compte : la compétition reste ouverte, mais sa décision traduit la difficulté de faire émerger une candidature sans compromis préalable avec les puissances qui disposent du dernier mot.

L’Amérique latine prend l’avantage

La Costaricaine Rebeca Grynspan, ancienne dirigeante de la CNUCED, figure parmi les prétendantes les mieux placées. L’Argentin Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, et la Guyanaise Carolyn Rodrigues-Birkett restent également en lice.

La perspective d’une candidature latino-américaine, éventuellement féminine, gagne ainsi en visibilité. Mais rien n’est joué : dans cette compétition, une avance lors des votes indicatifs ne vaut pas nomination. Les arbitrages des membres permanents peuvent encore rebattre les cartes, voire favoriser l’apparition de nouveaux candidats.

Pour l’Afrique, le revers est politique. Le continent représente un groupe important à l’Assemblée générale et occupe une place centrale dans les enjeux de paix, de développement et de sécurité. Pourtant, son poids numérique ne se convertit pas automatiquement en capacité de décision au sommet de l’organisation.

Le vrai échec : l’absence de levier décisif

Faut-il parler d’un échec africain ? Pas nécessairement. Le retrait d’un candidat ne suffit pas à condamner toute stratégie continentale, et rien ne permet d’affirmer que tous les États africains avaient soutenu Macky Sall avec la même intensité. Mais l’épisode pose une question embarrassante : l’Afrique sait-elle transformer ses ambitions diplomatiques en coalition capable de peser sur les choix des grandes puissances ?

Dans une ONU fragilisée par les guerres, les rivalités géopolitiques et les tensions financières, le prochain secrétaire général devra restaurer la confiance, négocier avec les puissants et défendre une institution dont l’autorité est régulièrement contestée.

Macky Sall appelle à une transformation profonde du fonctionnement des Nations unies. Le paradoxe est saisissant : l’organisation a besoin de réforme, mais ceux qui disposent des moyens de la bloquer sont aussi ceux qui devraient accepter de limiter leurs propres privilèges.

Le retrait de Macky Sall n’est donc pas seulement une candidature en moins. C’est un rappel à l’ordre géopolitique : à l’ONU, l’Afrique peut compter dans les discours sans compter suffisamment dans les arbitrages. Tant que cette équation ne change pas, la réforme du multilatéralisme restera une promesse suspendue au bon vouloir des puissances.

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