En visite de travail à Bamenda les 14 et 15 octobre 2026, le Premier ministre Joseph Dion Ngute inspecte plusieurs chantiers structurants et participe au lancement d’un dialogue communautaire dans une région toujours éprouvée par la crise anglophone.
Entre reconstruction des infrastructures, restauration de la confiance et préparation des prochaines échéances électorales, le déplacement porte des enjeux qui dépassent le seul suivi des projets publics.
Le gouvernement camerounais entend accélérer la reconstruction du Nord-Ouest et consolider les conditions d’un retour durable à la stabilité. C’est dans cette perspective que le Premier ministre Joseph Dion Ngute a entamé, le 14 octobre 2026, une visite de travail de deux jours à Bamenda, capitale régionale.
Au programme : l’inspection de plusieurs projets d’infrastructure, des rencontres avec les autorités et les populations, ainsi que le lancement d’un dialogue communautaire présenté comme une étape importante du processus de pacification. Cette visite intervient dans une région où les conséquences de la crise anglophone demeurent considérables.
Depuis 2016, les violences et l’insécurité ont fragilisé les activités économiques, perturbé les services publics et affecté le fonctionnement de nombreuses infrastructures. Dans ce contexte, la reprise des investissements publics représente autant un enjeu de développement qu’un instrument de restauration de la présence de l’État.
Des chantiers pour matérialiser le retour de l’État
La tournée du chef du gouvernement a commencé à Santa, à l’entrée de Bamenda, où la délégation a été accueillie par les autorités locales et des responsables politiques. Elle s’est poursuivie sur plusieurs chantiers administratifs et urbains destinés à renforcer les capacités institutionnelles et à améliorer la circulation dans la capitale régionale.
Parmi les infrastructures inspectées figurent le bureau régional des douanes, la résidence et les bureaux de l’Assemblée régionale, ainsi que le futur siège du Conciliateur public indépendant (CPI).
Selon les indications communiquées par l’entrepreneur, la première phase du bâtiment du CPI, évaluée à 600 millions de FCFA, est achevée à 100 %, tandis que la deuxième affiche un taux d’avancement supérieur à 22 %.
La délégation a également visité plusieurs axes routiers et carrefours, notamment Custom-GBHS, École des Champions, Amour Mezam et Veterinary, ainsi que la route de la prison financée dans le cadre du programme C2D.
Le projet du nouveau marché de Bamenda 1, l’axe Fon’s Street-City Chemist, la route du marché aux vivres et celle menant au palais du Fon d’Alachu figuraient aussi au programme.
Ces investissements peuvent contribuer à fluidifier les déplacements, à faciliter les échanges commerciaux et à améliorer l’accès aux services publics. Leur impact dépendra toutefois de l’achèvement effectif des travaux, de leur qualité et de leur entretien dans la durée.
La reconstruction, levier de confiance et de relance économique
Au-delà des ouvrages visités, le défi consiste à transformer les chantiers en améliorations perceptibles dans la vie quotidienne. À Bamenda, les routes, les marchés et les bâtiments administratifs constituent des infrastructures essentielles au fonctionnement de l’économie locale, notamment pour les commerçants, les transporteurs et les petites entreprises.
Mais la reconstruction ne peut, à elle seule, résoudre une crise dont les causes sont également politiques, sociales et sécuritaires. La relance de l’activité suppose un environnement permettant aux habitants de circuler, aux entreprises de fonctionner et aux services publics d’assurer leurs missions sans interruption.
La visite du Premier ministre à l’hôpital de district de Mankon et au palais traditionnel de Mankon témoigne de cette dimension sociale et communautaire. La rencontre avec les populations locales s’inscrit dans une démarche visant à rapprocher les autorités des habitants et à recueillir leurs préoccupations.
Le dialogue communautaire, une étape décisive
Le lancement du dialogue communautaire, prévu le deuxième jour de la visite, constitue l’autre volet majeur du déplacement. L’objectif est de favoriser les échanges entre les communautés et les acteurs locaux afin de contribuer à la restauration de la paix.
La portée de cette initiative dépendra cependant de sa capacité à dépasser les déclarations de principe. La participation effective des populations, la prise en compte de leurs préoccupations et la mise en œuvre de réponses concrètes seront déterminantes pour installer une confiance durable.
Dans une région marquée par des années de tensions, le dialogue doit pouvoir compléter les investissements publics par une démarche d’écoute et de rapprochement. Sans amélioration durable de la sécurité, les infrastructures elles-mêmes risquent de ne pas produire tous les effets économiques et sociaux attendus.
En toile de fond, les enjeux des prochaines élections
Cette visite intervient également dans un contexte politique marqué par la perspective des prochaines élections législatives et municipales, pour lesquelles le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, entend défendre son implantation.
La présence de responsables locaux du parti et la mobilisation observée lors de l’accueil du Premier ministre donnent à ce déplacement une dimension politique supplémentaire.
La reconstruction, l’amélioration des services publics et la promesse d’un retour à la stabilité constituent des arguments susceptibles d’alimenter le discours du pouvoir auprès des populations. Il convient néanmoins de distinguer le calendrier institutionnel des objectifs partisans.
L’inspection des chantiers et le dialogue communautaire relèvent officiellement de l’action gouvernementale, même si leurs retombées peuvent peser sur la perception du bilan des autorités. À Bamenda, le défi du gouvernement est donc double : démontrer que la reconstruction avance concrètement et convaincre que le retour à la paix peut devenir durable.
La réussite de cette démarche se mesurera moins au nombre de chantiers visités qu’à leur achèvement, à l’amélioration des conditions de vie et à la capacité du dialogue à produire des résultats tangibles dans le Nord-Ouest.