Douanes camerounaises : Halcomi IV intensifie la pression sur les réseaux de contrebande

HALCOMI IV, une opération aux résultats mesurables

Cigarettes, téléphones portables, emballages plastiques interdits, produits pharmaceutiques suspects : les saisies se multiplient sur les axes routiers camerounais depuis le lancement de l’opération HALCOMI IV, en septembre 2026.

Dernière illustration en date, l’interception de 160 000 cigarettes et d’autres marchandises sur l’axe Bascheo-Gashiga, dans la région du Nord.

Derrière cette succession d’opérations se dessinent des enjeux économiques, fiscaux et sanitaires majeurs. Reste une question : cette intensification traduit-elle un changement durable dans la lutte contre la fraude ou une stratégie de communication autour des performances douanières ?

Une nouvelle saisie sur un corridor frontalier

Le 13 octobre 2026, les éléments de la Zone III de l’opération HALCOMI IV ont intercepté une cargaison de marchandises en provenance du Nigeria et destinée à Garoua, sur l’axe Bascheo-Gashiga. Selon la Direction générale des Douanes, le chargement transporté à moto comprenait 16 cartons de cigarettes Gold Seal, dix cartons de boissons énergisantes et deux colis de pièces détachées.

Cette saisie illustre la diversité des marchandises qui circulent dans les circuits informels transfrontaliers. La portée sanitaire des produits présentés comme pharmaceutiques devra toutefois être établie à partir de leur composition et de leur conformité réglementaire. Leur saisie ne suffit pas, à elle seule, à démontrer leur dangerosité.

HALCOMI IV, une opération aux résultats mesurables

L’opération HALCOMI IV, pour « Halte au commerce illicite », a été officiellement lancée le 8 septembre 2026. Elle s’appuie sur un dispositif organisé en trois zones couvrant plusieurs régions du pays.

Ces montants constituent un premier indicateur de l’activité du dispositif. Ils ne doivent cependant pas être assimilés automatiquement à des recettes définitivement encaissées : les droits compromis et les amendes constatées ne correspondent pas nécessairement à des sommes déjà recouvrées.

Une succession d’interceptions sur le territoire

L’affaire de Gashiga n’est pas isolée. Le 2 octobre, dans la région de l’Est, les douaniers ont intercepté 827 téléphones portables dissimulés dans un camion de marchandises diverses, au poste de contrôle de Djaglassi. Le chargement circulait entre Douala et Kenzou sans documents présentés comme suffisants pour justifier sa régularité douanière.

Le 7 octobre, à Yagoua, dans l’Extrême-Nord, les équipes de la Zone III ont saisi 438 téléphones Android au pont de Zébé. Quelques jours auparavant, sur la route Garoua-Ngaoundéré, elles avaient intercepté 5,5 tonnes d’emballages plastiques non biodégradables transportés dans un camion.

La répétition de ces opérations témoigne d’une présence douanière active sur plusieurs corridors. Elle ne permet toutefois pas, à elle seule, de mesurer l’évolution globale de la contrebande : une hausse des saisies peut traduire des contrôles plus efficaces, une intensification des trafics ou la combinaison des deux phénomènes.

Pourquoi cette intensification ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette dynamique. Le premier est opérationnel : le déploiement d’équipes spécialisées, la surveillance des axes routiers et l’exploitation du renseignement peuvent améliorer la détection des cargaisons frauduleuses.

Le deuxième est économique. La contrebande prive potentiellement l’État de droits et taxes, désavantage les entreprises qui respectent les règles d’importation et peut favoriser la circulation de produits dont l’origine ou la conformité ne sont pas établies.

Le troisième est sanitaire et environnemental. Les marchandises non conformes, les produits pharmaceutiques non autorisés et certains articles interdits peuvent exposer les consommateurs à des risques et imposer des coûts à la collectivité.

Communication ou changement durable ?

La médiatisation des saisies participe à la visibilité de l’action douanière et peut contribuer à dissuader certains fraudeurs. Mais elle ne suffit pas à prouver que les réseaux de contrebande reculent durablement.

Et le véritable succès de HALCOMI IV ne se mesurera pas au nombre de cargaisons interceptées, mais à sa capacité à réduire durablement les circuits illicites, à sécuriser les recettes publiques et à protéger les consommateurs. C’est sur ces résultats, davantage que sur leur seule visibilité médiatique, que pourra être jugée l’efficacité de cette offensive douanière.

Simon Emmanuel Minyem

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