Port autonome de Douala – Cameroun : Visite de l’ambassadeur de France

Derrière cet intérêt diplomatique se dessinent des enjeux de financement, de compétitivité logistique et de positionnement dans le golfe de Guinée.

La visite de l’ambassadeur de France au Port autonome de Douala, le 21 octobre 2026, remet en lumière l’un des projets portuaires les plus ambitieux du Cameroun : l’extension de Douala-Bonabéri vers l’île de Manoka.

Derrière cet intérêt diplomatique se dessinent des enjeux de financement, de compétitivité logistique et de positionnement dans le golfe de Guinée. Mais entre ambitions à l’horizon 2050 et recherche de partenaires, le projet doit encore franchir plusieurs étapes.

Le 21 octobre 2026, l’ambassadeur de France au Cameroun, Sylvain Riquier, accompagné d’Anne Brouard, du service économique de l’ambassade, a effectué une visite de travail au Port autonome de Douala (PAD).

Les échanges avec la direction portuaire ont porté sur la modernisation des infrastructures, les possibilités d’investissement et le schéma directeur de développement 2020-2050.

Un intérêt diplomatique qui dépasse la simple visite de courtoisie

Le projet d’extension vers Manoka a particulièrement retenu l’attention du diplomate. Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique de discussions avec des partenaires internationaux autour des infrastructures et des perspectives de coopération.

Faut-il y voir un retour offensif des investisseurs français ? Rien ne permet encore de l’affirmer. Aucun engagement financier précis n’a été annoncé. La visite offre néanmoins au PAD l’occasion de présenter ses projets à des partenaires susceptibles d’apporter une expertise technique ou des solutions de financement.

Manoka, l’ambition de changer d’échelle

Le projet vise à anticiper l’augmentation du trafic maritime et à dépasser les contraintes du port actuel, situé dans l’estuaire du Wouri. Le schéma directeur ambitionne de porter les capacités annuelles de traitement à plus de 45 millions de tonnes à l’horizon 2050. L’extension vers Manoka doit contribuer à cette montée en puissance, notamment grâce à des installations adaptées aux navires de plus grande taille.

Le programme envisagé comprend des terminaux portuaires, des espaces de stockage, des zones industrielles et logistiques ainsi que des infrastructures routières et ferroviaires. L’objectif est de renforcer la capacité d’accueil, de fluidifier les échanges et d’améliorer la connexion du Cameroun aux marchés internationaux.

Le financement, principal obstacle

L’ambition est considérable, mais son financement reste une question centrale. Des estimations antérieures évaluent le projet à environ 900 milliards de FCFA. Ce montant constitue toutefois une référence indicative, et non un budget définitif actualisé.

Un investissement de cette ampleur pourrait nécessiter une combinaison de ressources publiques, d’emprunts et de partenariats public-privé. La France pourrait apporter une expertise ou faciliter des partenariats, mais aucun financement français n’a été annoncé à ce stade.

Le Cameroun devra démontrer la viabilité économique du complexe, préciser les modalités d’exploitation et maîtriser les risques financiers pour les finances publiques.

Quels bénéfices pour l’économie camerounaise ?

Réalisé dans des conditions économiquement soutenables, le projet pourrait améliorer le traitement des marchandises, réduire certains coûts logistiques et renforcer la position du Cameroun dans les échanges régionaux. Le port de Douala dessert également les économies enclavées du Tchad et de la République centrafricaine.

Une infrastructure plus performante pourrait stimuler le transport, l’entreposage, les services logistiques et l’emploi. Ces retombées ne sont toutefois pas garanties. Elles dépendront de la qualité des connexions terrestres, des coûts portuaires, de la gouvernance du projet et de la demande réelle des opérateurs.

Un pari environnemental et social à ne pas négliger

L’extension vers Manoka soulève des préoccupations environnementales. L’île abrite des mangroves essentielles à la biodiversité, à la pêche et à la protection du littoral. Des travaux scientifiques ont également documenté la vulnérabilité des communautés locales face à l’érosion côtière et aux inondations.

Les travaux devront donc s’appuyer sur des évaluations environnementales et sociales rigoureuses. La préservation des écosystèmes, les moyens de subsistance des pêcheurs et la consultation des populations concernées seront déterminants.

De l’intérêt français aux engagements concrets

La visite de Sylvain Riquier témoigne de l’intérêt porté aux ambitions du port de Douala et aux possibilités de coopération économique. Elle ne constitue cependant ni une promesse de financement ni le lancement effectif du chantier de Manoka.

Les prochaines étapes concernent l’actualisation des études de faisabilité, la clarification du coût global, le montage financier et l’évaluation des impacts environnementaux.

Pour le Cameroun, l’enjeu est de transformer l’intérêt diplomatique en partenariats concrets tout en préservant la rentabilité du projet et les intérêts des populations. Manoka pourrait renforcer la place du pays dans la logistique régionale, à condition de mobiliser les financements nécessaires, de maîtriser les coûts et de garantir des retombées économiques durables.

Simon Emmanuel Minyem

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