Lancé le 21 octobre 2026 à Yaoundé avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale, le Pacte national AgriConnect ambitionne de transformer huit chaînes de valeur agroalimentaires, de créer des emplois et de réduire la facture des importations alimentaires d’ici 2030.
Avec des besoins de financement estimés à 1 119,9 milliards de FCFA, cette initiative entend s’attaquer aux faiblesses structurelles du secteur. Mais entre objectifs de production, réformes annoncées et financements à mobiliser, le défi reste considérable : transformer les engagements en résultats tangibles pour les producteurs et les consommateurs.
Un pacte de transformation, pas simplement un projet agricole
Le Cameroun engage une nouvelle étape de sa politique agricole. Signé avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale, le Pacte AgriConnect couvre la période 2026-2030. Il s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 et le Programme intégré de substitution des importations agropastorales et halieutiques (PIISAH).
Contrairement à un projet isolé, AgriConnect constitue un cadre de coordination destiné à rapprocher les interventions publiques, les financements des partenaires internationaux et les investissements privés. Il prévoit 24 interventions pour renforcer la production, la transformation et la commercialisation des produits alimentaires.
Cette orientation répond à un enjeu économique majeur. Selon la Banque mondiale, le secteur alimentaire contribue à environ 17 % du PIB camerounais et emploie près de 4,7 millions de personnes, soit 42 % de la population active. Pourtant, les difficultés de financement, les infrastructures insuffisantes et les contraintes logistiques limitent encore sa productivité.
Huit filières pour reconquérir le marché intérieur
Le pacte cible huit chaînes de valeur : le maïs, le riz, le manioc, le palmier à huile, le cacao, le soja, les produits laitiers, ainsi que la pêche et l’aquaculture. Le choix répond à plusieurs besoins. Le développement du maïs et du soja peut contribuer à l’approvisionnement des industries agroalimentaires et de l’alimentation animale.
Le riz et le manioc offrent des possibilités de substitution aux produits importés. L’huile de palme et les produits laitiers représentent d’autres enjeux d’approvisionnement, tandis que le cacao constitue un levier important de transformation locale et de création de valeur ajoutée.
Dans ces filières, produire davantage ne suffira pas. Il faudra également améliorer le stockage, la conservation, la transformation industrielle et l’accès aux marchés. Sans débouchés rémunérateurs, l’augmentation des récoltes risque de profiter insuffisamment aux producteurs.
L’ambition affichée est notamment de porter la production annuelle de maïs de 2,6 à 6 millions de tonnes d’ici 2030. Un objectif qui suppose une amélioration substantielle des rendements, des semences, de la mécanisation et de l’accès aux intrants.
Plus de 1 100 milliards : où trouver l’argent ?
C’est l’un des principaux défis d’AgriConnect. Le besoin global d’investissement est évalué à 1 119,9 milliards de FCFA sur cinq ans, soit environ 1,87 milliard de dollars. D’après les chiffres présentés lors du lancement, la contribution prévisionnelle de l’État s’élève à 201,6 milliards de FCFA.
Le complément doit provenir des partenaires techniques et financiers et du secteur privé. La Banque mondiale, la Banque africaine de développement, le Fonds international de développement agricole, l’Union européenne, l’Agence française de développement et l’Agence japonaise de coopération internationale figurent parmi les partenaires associés à cette démarche.
Une distinction s’impose toutefois : le montant global annoncé correspond à un besoin d’investissement, et non à une enveloppe intégralement disponible. La mobilisation effective des ressources, leur répartition entre les filières et le calendrier des décaissements seront déterminants. L’enjeu est donc de transformer ce cadre de mobilisation en financements accessibles aux exploitants, aux coopératives et aux entreprises de transformation.
Foncier, crédit et infrastructures : les véritables obstacles
AgriConnect repose sur trois piliers : le renforcement des capacités de production, les réformes institutionnelles et l’amélioration du financement agricole. Le pacte prévoit notamment une réforme foncière, avec un objectif annoncé de 500 000 titres fonciers d’ici 2030, ainsi qu’un meilleur accès au crédit agricole.
Le gouvernement entend également porter la part du crédit agricole à 10 % du crédit total accordé aux entreprises. Ces mesures visent des difficultés anciennes : insécurité foncière, coût des équipements, financement inadapté aux cycles agricoles, accès insuffisant à l’énergie et enclavement de certaines zones de production.
Leur réussite dépendra de leur traduction réglementaire et budgétaire. Les producteurs devront pouvoir accéder effectivement aux terres, aux crédits et aux infrastructures annoncées, et non simplement bénéficier de nouvelles orientations administratives.
Réduire les importations : un objectif à mesurer
AgriConnect vise à diminuer la dépendance alimentaire du Cameroun. Les communications relatives au pacte évoquent une réduction de la facture des importations alimentaires d’environ 28 % à l’horizon 2030, tandis que les éléments de présentation initiaux mentionnent un objectif de 30 %.
Cette différence devra être clarifiée dans les documents de suivi officiels. Au-delà du pourcentage retenu, l’indicateur devra être suivi en valeur et en volume, en tenant compte de l’évolution des prix internationaux et de la demande intérieure.
Des ambitions aux résultats
Le lancement d’AgriConnect marque une étape politique et économique importante, mais ne garantit pas à lui seul la transformation du secteur. Les résultats dépendront de la mobilisation des ressources, de la coordination des administrations et de la participation effective des producteurs et des entreprises.
Le véritable test sera de savoir si, d’ici 2030, le Cameroun produit davantage, transforme localement ses matières premières, améliore les revenus agricoles et réduit effectivement sa dépendance aux importations. C’est à cette condition que les 1 119,9 milliards de FCFA pourront dépasser le stade des annonces pour devenir un levier durable de souveraineté alimentaire et de création d’emplois.