Pour Rabat comme pour Yaoundé, le véritable enjeu sera désormais de transformer la proximité diplomatique en prospérité partagée.

Cameroun-Maroc : derrière la fête de l’Unité, le pari d’un partenariat économique à réveiller

Célébrée pour la première fois à Yaoundé, l’Aïd Al Wahda a offert à la communauté marocaine l’occasion de réaffirmer son attachement à l’intégrité territoriale du Royaume. Mais au-delà du symbole diplomatique, Rabat et Yaoundé veulent relancer une coopération économique encore très en deçà de leurs ambitions.

L’unité nationale, l’intégrité territoriale et la coopération africaine étaient au cœur de la première célébration de l’Aïd Al Wahda au Cameroun. Le 2 novembre, à l’hôtel Suita, dans le quartier Bastos à Yaoundé, la communauté marocaine s’est réunie autour de l’ambassadeur du Royaume, Abdelkader El Jamoussi, en présence de personnalités camerounaises et de représentants de plusieurs horizons diplomatiques et institutionnels.

Instituée par le roi Mohammed VI en octobre 2025, cette nouvelle fête nationale marocaine commémore les évolutions diplomatiques autour du dossier du Sahara occidental, notamment la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies du 31 octobre 2025. Pour Rabat, cette journée symbolise l’attachement du Royaume à son intégrité territoriale et à sa conception de la souveraineté sur ses provinces du Sud.

Prenant la parole, l’ambassadeur Abdelkader El Jamoussi a inscrit cette célébration dans une dynamique de reconnaissance diplomatique et de coopération africaine. Il a notamment souligné la place stratégique du Cameroun en Afrique centrale et les possibilités de rapprochement entre les deux économies.

Une relation économique encore déséquilibrée

C’est précisément sur le terrain économique que se situe l’un des principaux enjeux du rapprochement entre Yaoundé et Rabat. Malgré des relations diplomatiques anciennes et une présence marocaine significative dans plusieurs secteurs africains, les échanges commerciaux entre les deux pays restent modestes au regard de leurs potentialités.

Selon les chiffres présentés lors de la célébration, les exportations marocaines vers le Cameroun atteignent environ 98 millions de dollars, notamment dans les engrais, les équipements électriques et les produits manufacturés. Le Royaume figure ainsi parmi les principaux fournisseurs africains du Cameroun.

En sens inverse, les exportations camerounaises vers le Maroc, composées principalement de bois, de cacao et de coton, ne représenteraient qu’environ 4,6 millions de dollars.

Ce déséquilibre commercial révèle une marge de progression considérable pour les entreprises camerounaises. Il pose également la question de la diversification des échanges, de la transformation locale des matières premières et de l’accès des produits camerounais au marché marocain.

La Grande Commission mixte, un instrument à réactiver

En mai 2026, les deux capitales ont convenu de relancer leur Grande Commission mixte de coopération bilatérale, restée inactive depuis quatorze ans. Cette décision constitue un signal politique important. Encore faut-il lui donner un contenu opérationnel : investissements croisés, partenariats industriels, agriculture, engrais, infrastructures, formation, numérique et services financiers.

Le Maroc dispose d’une expérience reconnue dans plusieurs domaines, notamment les infrastructures, les télécommunications, l’agro-industrie et les services bancaires. Le Cameroun, de son côté, offre un marché important, des ressources naturelles diversifiées et une position géographique qui lui permet de servir de plateforme vers l’Afrique centrale.

Une coopération plus équilibrée pourrait ainsi dépasser la logique classique d’exportation de produits manufacturés marocains vers le Cameroun. Elle pourrait favoriser des unités de transformation, des partenariats entre entreprises et une meilleure intégration des chaînes de valeur africaines.

De la diplomatie à l’intégration africaine

La célébration de Yaoundé a également été marquée par une présentation historique du différend autour du Sahara occidental, réalisée par l’expert Alphonse Zozime Tamekamta. Les festivités se sont poursuivies autour des gastronomies camerounaise et marocaine, dans une atmosphère de convivialité et de rapprochement culturel.

Au-delà de cette dimension symbolique, la première Aïd Al Wahda célébrée au Cameroun intervient à un moment où les partenariats Sud-Sud prennent une importance croissante dans les recompositions économiques du continent.

Pour Rabat comme pour Yaoundé, le véritable enjeu sera désormais de transformer la proximité diplomatique en prospérité partagée. La relance de la Grande Commission mixte ne devra pas être une simple annonce protocolaire : elle peut devenir l’instrument d’un partenariat plus ambitieux, capable de faire du corridor Cameroun-Maroc un axe de coopération économique et d’intégration africaine.

Scroll to Top