Affaire Ayuk Tabe (Cameroun) : justice différée, équation politique entière

La Cour suprême du Cameroun a renvoyé au 15 janvier 2026 l’examen du pourvoi en cassation introduit par le leader séparatiste anglophone Sisiku Ayuk Tabe et neuf de ses co-accusés

Entre possible grâce présidentielle, limites du séparatisme et enjeux régionaux.

La Cour suprême du Cameroun a renvoyé au 15 janvier 2026 l’examen du pourvoi en cassation introduit par le leader séparatiste anglophone Sisiku Julius Ayuk Tabe et neuf de ses co-accusés. Une audience de pure forme, sans débat sur le fond, qui prolonge une attente judiciaire entamée depuis cinq ans et ravive les interrogations politiques autour du conflit anglophone.

Condamnés en 2019 à la réclusion criminelle à perpétuité par le tribunal militaire de Yaoundé, puis confirmés en appel en 2020, les dirigeants ambazoniens restent au cœur d’un dossier à forte charge symbolique. Pour la défense et les organisations de droits humains, la lenteur de la procédure et le jugement de civils par une juridiction militaire continuent de poser la question du respect du procès équitable.

Pour l’État, il s’agit d’un dossier sécuritaire majeur, lié à des accusations de terrorisme et de sécession. Dans ce contexte, la question d’une grâce présidentielle revient régulièrement dans le débat public. Juridiquement, elle est possible : la Constitution camerounaise confère au chef de l’État le pouvoir de grâce.

Politiquement, toutefois, elle reste délicate. Une grâce pourrait être perçue comme un geste d’apaisement susceptible de favoriser un dialogue politique. À l’inverse, elle risque d’être interprétée par certains groupes armés comme un aveu de faiblesse, voire un encouragement à la poursuite de la lutte séparatiste. Son efficacité dépendrait donc d’un cadre politique plus large incluant désarmement et dialogue structuré.

La détention prolongée des leaders ambazoniens a eu des conséquences ambivalentes. Si elle a affaibli la coordination politique du mouvement, elle n’a pas mis fin à la violence sur le terrain. Au contraire, la fragmentation des groupes armés a parfois accentué l’insécurité, compliquant toute négociation crédible.

Sur le fond, les revendications ambazoniennes atteignent leurs limites juridiques dans le cadre de la République du Cameroun. L’indépendance unilatérale reste incompatible avec l’ordre constitutionnel et le droit international, tandis que les violences contre les civils ont progressivement érodé les soutiens internationaux du mouvement.

En revanche, les revendications liées à la gouvernance locale, à la protection des spécificités linguistiques et à une décentralisation effective demeurent des leviers politiques encore ouverts. À l’échelle régionale, le conflit anglophone pèse sur la stabilité du Golfe de Guinée et des frontières avec le Nigeria, alimentant déplacements de populations, trafics transfrontaliers et tensions sécuritaires.

L’issue du dossier Ayuk Tabe dépasse ainsi le strict cadre judiciaire : elle s’inscrit au cœur d’un enjeu national et régional où justice, politique et sécurité restent étroitement imbriquées.

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