Entre épidémie fulgurante et escalade régionale, la stabilité des Grands Lacs vacille.
La région des Grands Lacs traverse simultanément deux crises majeures : la pire épidémie de choléra en RDC depuis 25 ans et une brusque montée des tensions entre le Burundi et le Rwanda. Deux dynamiques distinctes, mais révélatrices d’un même constat : la fragilité profonde des infrastructures sanitaires, sécuritaires et politiques de la région.
RDC : un choléra hors de contrôle

La République démocratique du Congo fait face à une épidémie d’une ampleur inédite depuis un quart de siècle. Selon l’Unicef, 64 427 cas et 1 888 décès ont été enregistrés entre janvier et décembre 2025. Les enfants représentent plus d’un quart des victimes, un chiffre qualifié d’« inadmissible » par l’organisation.
John Agbor, représentant de l’Unicef en RDC, souligne l’urgence d’investissements massifs dans l’eau, l’assainissement et les soins de santé. Seules 43 % des familles congolaises ont accès à une source d’eau potable — le taux le plus bas de la région — et seulement 15 % à un assainissement de base.
L’épidémie touche désormais 17 des 26 provinces, y compris Kinshasa. Dans un foyer de la capitale, 16 enfants sur 62 ont succombé en quelques jours. Conflits à l’Est, inondations, urbanisation anarchique et méconnaissance des symptômes nourrissent la propagation.
Le Plan multisectoriel d’élimination du choléra (PMSEC 2023–2027), doté de 192 millions de dollars, reste sous-financé. L’Unicef prévient que les ressources prévues pour 2026 sont « extrêmement fragiles » et appelle à un financement d’urgence de 6 millions de dollars.
Burundi–Rwanda : une frontière au bord de l’embrasement

Alors que la RDC affronte cette urgence sanitaire, la situation géopolitique régionale s’assombrit. Le Burundi accuse le Rwanda d’avoir largué des bombes le 8 décembre sur la commune de Cibitoke, blessant deux civils dont un enfant. Bujumbura parle d’« attitude belliqueuse » et a convoqué le corps diplomatique.
Cet incident survient alors que le M23, soutenu par le Rwanda selon Kinshasa et plusieurs sources internationales, progresse vers Uvira, à la frontière burundaise. Des soldats congolais et burundais se seraient repliés vers le Burundi pour échapper aux combats.
Au-delà de l’incident, ce sont les équilibres sécuritaires et géoéconomiques des Grands Lacs qui vacillent : routes commerciales menacées, corridors miniers sous tension, rivalités d’influence et projets transfrontaliers fragilisés.