Aide au développement : l’AFD contrainte de revoir sa boussole africaine

Confrontée à des restrictions budgétaires inédites, l’Agence française de développement (AFD) entame une profonde transformation de son modèle.

Coupes budgétaires, recomposition géopolitique et recentrage stratégique d’une institution sous pression.

L’année 2025 restera comme une annus horribilis pour l’aide publique au développement. Confrontée à des restrictions budgétaires inédites, l’Agence française de développement (AFD) entame une profonde transformation de son modèle.

Dans un entretien accordé à L’Express, son chef économiste Thomas Melonio dresse un constat sans détour : « En 2026, l’Afrique ne pèsera plus que 30 % de nos activités », contre une place historiquement centrale dans l’action de l’agence.

Cette inflexion stratégique s’inscrit dans un contexte international bouleversé. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a entraîné la suppression brutale de l’USAID, symbole d’un désengagement américain massif de l’aide au développement. En Europe, la dynamique est similaire.

En France, le budget consacré à l’aide publique a été amputé de 37 % en 2025, avec de nouvelles réductions attendues. Pour l’AFD, ces décisions se traduisent par une contrainte existentielle : faire moins, autrement. Historiquement tournée vers l’Afrique, où elle finançait infrastructures, santé, éducation et climat, l’agence doit désormais arbitrer.

La baisse relative du poids du continent ne signifie pas un retrait total, mais un ciblage plus strict des interventions, privilégiant les projets jugés stratégiques, bancables ou alignés avec les priorités diplomatiques françaises. « Il ne s’agit plus de couvrir tous les besoins, mais de maximiser l’impact », résume Thomas Melonio.

Ce recentrage reflète aussi une évolution du paysage africain. Plusieurs pays revendiquent davantage d’autonomie, diversifient leurs partenaires — Chine, Golfe, Russie — et contestent parfois le cadre traditionnel de l’aide occidentale. Dans ce contexte, l’AFD doit composer avec des attentes nouvelles, une concurrence accrue et une légitimité parfois questionnée.

Les conséquences sont lourdes. Pour de nombreux États africains, la contraction de l’aide européenne intervient alors que les besoins explosent, sous l’effet de la croissance démographique, du changement climatique et de l’instabilité sécuritaire. Le risque est celui d’un décrochage silencieux, où les projets sociaux et environnementaux deviennent les variables d’ajustement des politiques budgétaires du Nord.

Au-delà de l’AFD, cette évolution pose une question plus large : l’aide au développement est-elle en train de devenir une variable secondaire dans un monde dominé par les priorités sécuritaires, industrielles et migratoires ? En actant la réduction du poids de l’Afrique dans ses activités, l’agence française illustre une tendance lourde : celle d’un désengagement progressif, contraint plus que choisi, d’un continent pourtant central pour les équilibres futurs.

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