Au Cameroun, vacciner en zone de conflit commence par négocier la sécurité

À Nwa, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, la vaccination ne se limite pas à une opération de santé publique

Une journée avec Kongnyu Emmanuel, entre analyse des risques, checkpoints armés et confiance communautaire.

À Nwa, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, la vaccination ne se limite pas à une opération de santé publique. Elle est aussi un exercice permanent d’analyse sécuritaire et de négociation d’accès. Depuis le déclenchement de la crise sociopolitique en 2016, atteindre les enfants non vaccinés suppose d’abord de comprendre les dynamiques locales et d’anticiper les risques.

À 5 h 30, Kongnyu Emmanuel, responsable du district sanitaire de Nwa, est déjà à l’écoute. Téléphone à la main, il capte les alertes transmises par des leaders communautaires, des responsables religieux et des mobilisateurs locaux. Un signalement fait état de tirs dans une aire sanitaire voisine. Emmanuel multiplie les appels afin de recouper l’information et d’évaluer l’évolution de la situation.

Ce dispositif d’alerte communautaire repose sur un travail patient de cartographie des acteurs locaux. Avec l’appui des Cameroon Baptist Convention Health Services (CBCHS), présents dans les dix régions du pays, Emmanuel et son équipe ont identifié des relais de confiance dans chaque communauté. Ces derniers sont formés à transmettre des informations sécuritaires sans s’exposer. Les données recueillies sont croisées avec celles de l’International NGO Safety Organisation (INSO), afin d’orienter les décisions opérationnelles.

« L’autorisation sécuritaire fait partie de notre routine quotidienne. La situation peut changer très vite, parfois d’un village à l’autre », explique Emmanuel.

Ce jour-là, la localité de Ntem est jugée accessible, bien que classée à haut risque. À l’aube, l’équipe – un vaccinateur, une infirmière et un agent de dépistage nutritionnel – charge vaccins, compléments nutritionnels et moustiquaires avant de partir à moto. À un checkpoint tenu par un groupe armé non étatique, Emmanuel se présente comme travailleur humanitaire du CBCHS. La connaissance de l’itinéraire et la crédibilité locale permettent d’obtenir le passage.

La vaccination se tient au domicile du chef de quartier, un lieu reconnu comme neutre. L’approche est volontairement discrète : aucune annonce prolongée, une mobilisation rapide, une session programmée un « country Sunday », lorsque les habitants sont présents au village. En trois heures, 46 enfants reçoivent des vaccins et des services intégrés : consultations, dépistage nutritionnel et sensibilisation sanitaire.

Sitôt la session terminée, l’équipe se retire. À 14 h, elle est de retour en zone sûre pour le débriefing et la vérification de la chaîne du froid.

Mis en œuvre dans le cadre du programme VERHUS, financé par Gavi, ce modèle montre que, dans les contextes de conflit, la vaccination devient aussi un levier de confiance et de présence humanitaire durable. « Aucune journée ne se ressemble. Tout repose sur l’analyse collective et l’adaptation constante », conclut Emmanuel.

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