Après la présidentielle agitée, législatives et municipales avancent dans un silence stratégique.
Après une présidentielle sous tension et des violences politiques meurtrières à l’automne 2025, le Cameroun s’engage dans une nouvelle séquence électorale à hauts risques. Les élections législatives et municipales prévues en 2026 approchent, mais la scène politique reste étonnamment calme. Un calme trompeur, à mesure que s’égrènent les derniers mois des mandats prorogés.
Officiellement, le calendrier est clair. Le mandat des députés, prolongé par la loi du 24 juillet 2024, arrive à expiration le 30 mars 2026. Celui des conseillers municipaux élus lors du scrutin du 9 février 2020 prendra fin le 31 mai 2026, conformément au décret présidentiel du 24 juillet 2024.
Pourtant, sur le terrain politique, peu de signes visibles de mobilisation : pas de grandes annonces de candidatures, peu de débats programmatiques, une activité partisane encore feutrée.
Un attentisme calculé
Ce silence apparent ne relève pas de l’improvisation. Pour de nombreux acteurs politiques, tout commence avec un acte précis : la convocation du corps électoral par le président de la République. Tant que ce signal institutionnel n’est pas donné, les partis semblent retenir leurs coups.
C’est l’analyse défendue par Thomas d’Aquin Simbe Avore, politologue et enseignant des universités, lors de l’émission Scène de presse sur la CRTV le 25 janvier 2026. Selon lui, « les partis politiques entreront réellement en campagne dès la convocation du corps électoral ». L’universitaire estime que cette décision pourrait intervenir vers la fin de la première décade du mois de février, ouvrant alors une phase d’intense activité politique.
Un calendrier juridiquement contraignant
La lecture croisée des textes électoraux camerounais impose pourtant des délais stricts. Les élections législatives doivent se tenir quarante jours avant l’expiration du mandat des députés, soit au plus tard le 18 février 2026. Les élections municipales, elles, doivent avoir lieu au plus tard vingt jours avant la fin du mandat des conseillers municipaux, soit le 11 mai 2026.
Dans l’hypothèse — largement privilégiée — d’un scrutin couplé, la date charnière s’impose d’elle-même : pour respecter les délais légaux, le corps électoral devrait être convoqué autour du 9 février 2026.
Une équation politique sensible
Ce calendrier électoral s’inscrit dans un contexte particulièrement fragile. Les tensions post-présidentielles d’octobre 2025 ont laissé des traces profondes, tant dans l’opinion publique que dans les rapports entre pouvoir, opposition et forces de sécurité. À cela s’ajoutent une crise économique persistante, une pression sociale croissante et une défiance électorale latente.
Dès lors, les législatives et municipales de 2026 ne seront pas de simples élections de renouvellement institutionnel. Elles apparaissent comme un test politique majeur, à la fois pour la crédibilité du processus électoral, la stabilité du pays et la capacité des acteurs à éviter une nouvelle escalade des tensions.
Le silence actuel pourrait donc précéder une brusque montée en intensité. Au Cameroun, l’histoire électorale l’a souvent montré : les campagnes commencent tard, mais rarement en douceur.