Cameroun–France : l’AFD à l’épreuve du test post-électoral

État pivot à la jonction de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, le Cameroun demeure l’un des piliers de la stratégie française sur le continent.

Stabilité politique, crédibilité institutionnelle et projets structurants : comment la séquence électorale rebat les cartes du partenariat franco-camerounais.

État pivot à la jonction de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, le Cameroun demeure l’un des piliers de la stratégie française sur le continent. Mais la séquence post-électorale ouverte après la présidentielle de 2025, marquée par des contestations, des arrestations et une crispation du climat politique, introduit une variable d’incertitude dans une relation historiquement dense, au premier rang de laquelle figure l’Agence française de développement (AFD).

Présente depuis plus de soixante ans, l’AFD est l’un des principaux partenaires financiers du Cameroun. À travers le Contrat de désendettement et de développement (C2D), plus de 1 100 milliards de FCFA ont été mobilisés depuis 2006 pour l’éducation, les infrastructures, l’agriculture et la gouvernance. Ce partenariat s’est récemment renforcé autour de projets structurants : le programme Capitales régionales, l’initiative Sporcap, le Programme de lutte contre les inondations de Douala et Yaoundé (PLIDY, 150 millions d’euros) ou encore le barrage hydroélectrique de Nachtigal, stratégique pour la transition énergétique et la compétitivité industrielle.

Toutefois, la crispation post-électorale pose un dilemme classique pour Paris et ses instruments financiers : préserver la stabilité d’un État clé de la Cemac tout en affirmant un discours sur la gouvernance, l’État de droit et l’inclusivité politique. Officiellement, la France continue de privilégier une approche de « partenariat pragmatique », misant sur la continuité des projets et la protection des investissements de long terme. En coulisses, les bailleurs observent néanmoins avec attention l’évolution du climat politique, conscient que la stabilité institutionnelle conditionne l’efficacité des programmes de développement.

Sur le plan géoéconomique, un durcissement durable de la situation politique pourrait ralentir l’exécution de certains projets, notamment urbains et territoriaux, qui reposent sur l’adhésion des populations et la coordination des acteurs locaux. Il pourrait également peser sur l’attractivité du Cameroun, déjà confronté à un chômage élevé des jeunes et à des inégalités territoriales marquées, malgré une croissance autour de 3,5 à 4 %.

Pour l’AFD, l’enjeu est d’éviter l’écueil d’une coopération perçue comme déconnectée des réalités sociales. « La question n’est pas de suspendre, mais de réinterroger l’impact et la gouvernance des projets », confie un observateur du développement. Dans ce contexte, les volets liés au capital humain, à l’emploi des jeunes et à la résilience urbaine prennent une dimension politique implicite.

À moyen terme, la relation Cameroun–France se jouera sur un équilibre subtil : maintenir l’ancrage stratégique dans un pays clé, tout en adaptant l’action de l’AFD à un environnement politique « contesté » par une certaine opposition. Plus que jamais, le Cameroun apparaît comme un laboratoire où développement, stabilité et légitimité politique sont étroitement liés.

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