De la tribune présidentielle aux recouvrements du SRC, Yaoundé affiche une détermination renouvelée.
L’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025 de Transparency International confirme une tendance persistante : l’Afrique subsaharienne demeure la région la plus mal classée au monde en matière de corruption. Sur une échelle de 0 (très corrompu) à 100 (très intègre), la moyenne régionale reste la plus faible au niveau mondial, traduisant l’enracinement de pratiques illicites dans de nombreux États confrontés à l’instabilité, aux conflits et à la fragilité institutionnelle.
Dans ce contexte préoccupant, le Cameroun entend afficher une riposte ferme. Lors de la 60e édition de la Fête de la jeunesse, le 11 février 2026, le président Paul Biya a placé la lutte contre la corruption au rang des priorités nationales. Dans son discours solennel, il a appelé les jeunes à « rejeter les raccourcis de la fraude et du gain facile » et à « s’engager résolument pour l’éthique et l’intégrité dans la gestion des affaires publiques ».
« La corruption est un poison qui mine notre développement et affaiblit la confiance entre l’État et les citoyens », a-t-il martelé, réaffirmant que « nul n’est au-dessus de la loi ». Des propos qui s’inscrivent dans la continuité de l’opération d’assainissement des finances publiques engagée depuis plusieurs années.
Corruption, gouvernance et sécurité demeurent étroitement liées. Comme le souligne Transparency International, les dérives ne se limitent pas aux pots-de-vin administratifs : elles touchent également les secteurs de la défense, de la justice et de la gestion des ressources naturelles.
Dans un environnement régional marqué par les crises sécuritaires, l’opacité budgétaire et la faiblesse des mécanismes de contrôle peuvent fragiliser davantage l’État de droit.
Au Cameroun, les autorités mettent en avant des résultats concrets. Le Service du recouvrement des créances publiques (SRC) a annoncé des recouvrements jugés significatifs au cours des derniers exercices budgétaires.
Plusieurs dizaines de milliards de francs CFA auraient ainsi été récupérées à la suite de procédures judiciaires et d’audits, renforçant les capacités de financement de l’État. Ces montants, selon les responsables du Trésor, contribuent à soutenir les investissements dans les infrastructures, la santé et l’éducation.
Toutefois, les défis restent considérables. La corruption constitue un frein majeur au développement : elle décourage l’investissement privé, réduit l’efficacité des politiques publiques et accentue les inégalités sociales. Les financements destinés à la transition énergétique ou à l’adaptation climatique peuvent également être compromis en l’absence de transparence.
Si des cadres juridiques existent, leur application effective demeure un enjeu central. L’indépendance des institutions de contrôle, la protection des lanceurs d’alerte et la liberté de la presse sont régulièrement citées comme des conditions essentielles à une gouvernance plus vertueuse.
À l’approche de 2030, le Cameroun se trouve ainsi à un tournant. Entre volontarisme politique affiché, mobilisation de la jeunesse et recouvrements financiers tangibles, la lutte contre la corruption s’impose comme un impératif stratégique.
Reste à transformer les engagements en résultats durables pour rompre définitivement avec le cercle vicieux reliant corruption, instabilité et sous-développement.